Obsèques au-delà de 14 jours : comment demander une dérogation au préfet
Chambres funéraires pleines, crématoriums à douze jours d'attente : depuis l'été 2026, le délai légal de quatorze jours devient un mur pour certaines familles. Le code prévoit deux dérogations préfectorales distinctes — ce qu'elles couvrent, qui les délivre, comment les demander.
Un été de surmortalité, des chambres funéraires qui ne désemplissent pas, un crématorium francilien à douze jours d’attente : depuis juin 2026, des familles découvrent que le délai légal pour inhumer ou incinérer un proche — quatorze jours — peut devenir un mur. Le code général des collectivités territoriales prévoit une soupape. Il en prévoit même deux, de nature très différente, et les confondre fait perdre du temps à des gens qui n’en ont pas.
- Ce que dit le texte depuis juillet 2024
- Deux dérogations, et non une seule
- Comment la demander, concrètement
- Pourquoi la question se pose cet été
- Questions fréquentes
Ce que dit le texte depuis juillet 2024
Les articles R. 2213-33 (inhumation) et R. 2213-35 (crémation) du code général des collectivités territoriales posent la même règle, dans les mêmes termes : l’opération a lieu au moins vingt-quatre heures après le décès et au plus tard le quatorzième jour calendaire suivant celui du décès. Calendaire signifie que les dimanches et les jours fériés comptent.
Deux situations décalent ce point de départ. Si le décès est survenu à l’étranger, en outre-mer ou en Nouvelle-Calédonie, les quatorze jours courent à compter de l’entrée du corps sur le territoire. Et en cas de problème médico-légal, ils courent à compter du jour où le procureur de la République a délivré l’autorisation d’inhumer ou d’incinérer — un point que les familles confrontées à une enquête découvrent souvent tardivement.
Ces quatorze jours sont récents. Ils résultent du décret n° 2024-790 du 10 juillet 2024, publié au Journal officiel du 11 juillet et applicable depuis le 12. Dans sa version antérieure, le texte accordait six jours. La notice du décret expose sans détour la raison de cet allongement : il s’agissait de « remédier à l’augmentation croissante des demandes de dérogation » déposées auprès des préfectures, nées de causes conjoncturelles — les épisodes de surmortalité — comme structurelles, l’essor de la crémation dépassant par endroits la capacité des équipements.
Deux dérogations, et non une seule
La dérogation individuelle : un dossier, une famille
C’est celle que l’on rencontre en pratique. Les deux articles prévoient que des dérogations individuelles peuvent être accordées « dans des circonstances particulières » — un rapatriement qui s’éternise, une famille dispersée, une saturation locale des équipements.
L’autorité compétente n’est pas la même selon l’opération, et c’est la principale source d’erreur :
- Inhumation : le préfet du département du lieu de l’inhumation. Si le corps est transporté hors de la métropole ou d’un département d’outre-mer, c’est le préfet du lieu de fermeture du cercueil.
- Crémation : le préfet du département du lieu du décès ou de la crémation.
Deux précisions comptent. D’abord, le code ne fixe aucun plafond chiffré à cette dérogation individuelle : le préfet apprécie et « prescrit toutes dispositions nécessaires », c’est-à-dire les conditions de conservation du corps. Ensuite, la dérogation ne porte que sur le délai maximal. Le minimum de vingt-quatre heures après le décès, lui, n’est visé par aucun des deux mécanismes : on ne peut pas inhumer plus tôt.
La dérogation collective : tout un département, un mois
Le décret de 2024 a créé un second outil, beaucoup moins connu. « En raison de circonstances locales particulières », le préfet peut déroger au délai pour l’ensemble des inhumations ou crémations prévues sur le territoire du département, et pour une durée maximale d’un mois renouvelable.
Ici, le texte pose une limite ferme : le délai dérogatoire ne peut alors dépasser vingt-et-un jours calendaires. C’est le seul endroit du dispositif où figure le chiffre de vingt-et-un jours — il ne s’applique donc pas à la dérogation individuelle, contrairement à ce qu’on lit parfois. Ce mécanisme collectif est fait exactement pour une situation de crise : canicule, épidémie, crématorium départemental à l’arrêt. Aucune donnée publique ne permet de dire combien de départements y ont eu recours durant l’été 2026.
Comment la demander, concrètement
Il n’existe pas, à ce jour, de guichet national unique : le canal varie d’une préfecture à l’autre, et c’est le premier réflexe à avoir — vérifier la page « réglementation funéraire » du site de la préfecture concernée avant de composer un dossier.
Deux exemples suffisent à mesurer l’écart. En Loir-et-Cher, la demande passe exclusivement par une téléprocédure hébergée sur demarche.numerique.gouv.fr, et la préfecture précise que les demandes transmises par un autre canal ne seront pas traitées ; les dérogations y sont délivrées par le sous-préfet de l’arrondissement compétent. Dans l’Aude, à l’inverse, la demande s’envoie par simple courriel à une adresse dédiée du service funéraire, avec la consigne de signaler l’urgence dans l’objet du message.
Les textes ne désignent pas qui doit déposer la demande. En pratique, l’opérateur funéraire habilité s’en charge : il connaît le circuit local et instruit ce type de dossier régulièrement. Une famille peut toutefois saisir directement le service compétent, et il est légitime de demander à son opérateur où en est la démarche — c’est elle qui conditionne la date de la cérémonie.
Pourquoi la question se pose cet été
La règle est ancienne dans son principe ; ce qui a changé, c’est la fréquence à laquelle elle est mise à l’épreuve. Dans un reportage publié le 23 juillet 2026, franceinfo décrivait la situation d’une entreprise de pompes funèbres implantée entre Paris et le Centre-Val de Loire : des délais montés à quinze jours contre cinq ou six habituellement, quarante-quatre places de chambre funéraire occupées sur quarante-six dans le Loiret, et à Orléans jusqu’à vingt-cinq prises en charge par jour contre huit à dix d’ordinaire. Au crématorium d’Arcueil, dans le Val-de-Marne, il fallait alors attendre au moins douze jours pour des obsèques. Son dirigeant, Gauthier Caton, y qualifiait le moment de « situation sans précédent ».
Les chiffres de Santé publique France, communiqués le 22 juillet, donnent l’ordre de grandeur : près de 2 000 décès en excès en Île-de-France entre le 17 juin et le 2 juillet, soit une hausse de 81,2 % par rapport au nombre attendu, et 1 327 décès en excès en Centre-Val de Loire sur la même période (+ 62,6 %).
Ce que retiennent les familles est plus simple, et le même dirigeant le formulait ainsi : « Le délai est pénible pour les familles ». L’attente n’est pas seulement logistique ; elle suspend le deuil. Connaître l’existence de la dérogation ne raccourcit pas la file, mais elle évite qu’un dépassement de délai devienne, en plus, un problème administratif.
À suivre : la question de la capacité des crématoriums est désormais sur la table du législateur. Une proposition de loi déposée au Sénat le 6 janvier 2026 par la sénatrice Annick Billon vise notamment à rationaliser leur implantation sur le territoire. Elle n’a pas été examinée à ce jour.
Questions fréquentes
Le délai court-il à partir du décès ou de la déclaration en mairie ?
À partir du décès. Le texte vise « le quatorzième jour calendaire suivant celui du décès ». La date de déclaration à l’état civil n’entre pas dans le calcul.
Peut-on inhumer ou incinérer avant vingt-quatre heures ?
Non. Les dérogations prévues par les articles R. 2213-33 et R. 2213-35 ne portent que sur le délai maximal. Le minimum de vingt-quatre heures après le décès reste intangible.
Le proche est décédé à l’étranger : à partir de quand compte-t-on ?
À compter du jour de l’entrée du corps sur le territoire — métropole, département ou collectivité d’outre-mer selon le cas —, et non du jour du décès.
La dérogation individuelle est-elle plafonnée à vingt-et-un jours ?
Non. Les vingt-et-un jours plafonnent la seule dérogation collective décidée par le préfet pour tout un département. Pour une dérogation individuelle, le code ne fixe pas de durée maximale : le préfet apprécie au cas par cas et impose les mesures de conservation nécessaires.
Pour aller plus loin
- Pendant — organiser, informer, rendre hommage
- Crémation : comprendre, préparer, s’organiser
- Canicule, feux, surmortalité : l’été 2026 met les obsèques sous tension
- Crémation : ce que l’État demande désormais aux communes
- Obsèques après une restitution judiciaire du corps
- Décès à l’étranger : organiser le rapatriement du corps
Sources : articles R. 2213-33 et R. 2213-35 du code général des collectivités territoriales (Légifrance, version en vigueur depuis le 12 juillet 2024) ; décret n° 2024-790 du 10 juillet 2024 ; pages « réglementation funéraire » des préfectures de l’Aude et de Loir-et-Cher ; franceinfo, 23 juillet 2026 ; Santé publique France, 22 juillet 2026 ; Sénat, proposition de loi n° 255.
Créez la plaque de votre proche
Configurateur en ligne, BAT offert sous 24h, livraison gratuite dès 69 €.



