Franco Baresi, capitaine d’un seul club, s’est éteint à 66 ans
Franco Baresi est mort le 31 juillet 2026 à Milan, à 66 ans. Vingt ans au Milan AC, quinze saisons capitaine, un numéro 6 retiré à jamais. Ses obsèques ont lieu mardi 4 août à la basilique Sant'Ambrogio — sans l'effectif du club, en tournée à l'autre bout du monde.
Depuis vendredi, à Milan, on fait la queue entre deux bâtiments qui ne se ressemblent pas : le siège du club, via Aldo Rossi, et le musée de San Siro. C’est là, entre le bureau et le stade, que la chapelle ardente de Franco Baresi a été installée. Le choix n’a rien d’administratif. Il dit exactement ce qu’a été cette vie : un homme qui n’a jamais quitté ni l’un ni l’autre.
L’ancien capitaine du Milan AC est mort le vendredi 31 juillet 2026, à 66 ans, dans sa ville. Le club l’a annoncé le jour même. La cause du décès n’a pas été communiquée ; on sait seulement, par les communications du club, qu’il avait été opéré d’un nodule pulmonaire en août 2025, puis traité par immunothérapie. Ses obsèques auront lieu mardi 4 août à 11 h, dans la basilique Sant’Ambrogio. La ville de Milan a décrété une journée de deuil.
Un enfant de Travagliato dont l’Inter n’a pas voulu
Il est né le 8 mai 1960 à Travagliato, un bourg de la province de Brescia, dans une famille paysanne. Une ferme, des vaches, des tracteurs : la Lombardie agricole d’avant le miracle industriel, celle où l’on grandit dehors et où le football se joue à l’oratoire de la paroisse. C’est là qu’il a appris, avec son frère aîné Giuseppe.
Puis les deux garçons ont perdu leurs parents, emportés par la maladie, alors qu’ils étaient encore adolescents. Les sources italiennes divergent sur l’âge exact de Franco au moment du second deuil ; elles s’accordent sur le fait qu’il n’était pas majeur et que les deux frères se sont retrouvés seuls. Ce qu’ils ont fait ensuite, on le sait : ils ont joué au football. Beaucoup. On ne prêtera ici aucune intention à deux adolescents endeuillés — mais on peut constater que le jeu est devenu leur affaire commune et leur métier à tous les deux.
Le détail que l’Italie n’a jamais oublié tient en une ligne. Franco supportait l’Inter. Il s’y est présenté ; le centre de formation l’a écarté et a pris son frère. C’est le Milan qui l’a recruté, en 1974. Les deux frères deviendront capitaines des deux clubs de la ville, et l’échange de fanions avant le derby della Madonnina — l’aîné d’un côté, le cadet de l’autre — restera l’une des images des années 1980 italiennes.
Il débute en Serie A le 23 avril 1978. Il a 17 ans.
Rester quand le club tombe
La suite est ce qui rend cette carrière difficile à comparer aux autres. En 1980, le Milan est relégué en deuxième division à la suite du scandale de paris connu sous le nom de Totonero. En 1982, il redescend une seconde fois, sportivement cette fois. Un club en Serie B, c’est un club qu’on quitte : les meilleurs partent, les salaires baissent, les recruteurs appellent. D’autres clubs se sont manifestés.
Baresi est resté. Deux fois. Il a remonté l’équipe deux fois, championnat de Serie B 1980-1981, puis 1982-1983. Et c’est précisément parce que les cadres étaient partis qu’on lui a confié le brassard en 1982 : il avait 22 ans. Il le gardera quinze saisons.
Ce n’est pas une anecdote de palmarès, c’est le cœur du personnage. La fidélité, chez lui, n’a pas été un slogan de fin de carrière : elle s’est décidée à vingt ans, en division inférieure, au moment où elle coûtait quelque chose. Tout ce qui viendra ensuite — les six titres de champion d’Italie, les trois Coupes d’Europe, les deux Coupes intercontinentales, les quatre Supercoupes d’Italie, la deuxième place au Ballon d’or 1989 — a été gagné après cette décision-là, et par la même équipe qu’il avait refusé d’abandonner.
Vingt ans, un seul club, 719 matchs officiels. Il a pris sa retraite en 1997.
Pasadena, vingt-cinq jours après le bistouri
Il y a une soirée que même ceux qui ne suivent pas le football connaissent, et c’est une défaite.
Coupe du monde 1994, aux États-Unis. Baresi est capitaine de l’Italie. Dès le premier tour, contre la Norvège, il se déchire le ménisque. Il est opéré à New York. Un genou dans cet état, c’est la fin du tournoi : plusieurs semaines de rééducation, au mieux.
Vingt-cinq jours plus tard, il est titulaire en finale contre le Brésil, à Pasadena, sous une chaleur écrasante. Il joue les 120 minutes, crampes comprises. Les observateurs de l’époque y ont vu l’une des grandes performances défensives de l’histoire d’une finale. Puis vient la séance de tirs au but. Il se porte volontaire pour tirer le premier. Il manque. Le Brésil gagne son quatrième titre.
On raconte souvent cette histoire comme une tragédie. Elle mérite mieux. Un homme sort du bloc opératoire, revient trois semaines et demie plus tard pour tenir une défense pendant deux heures, et quand vient le moment où quelqu’un doit s’avancer seul devant quatre-vingt-dix mille personnes, c’est lui qui se propose. Ce qu’il rate ensuite ne dit rien de lui. Ce qu’il fait avant dit tout.
Le numéro qu’on ne redonne pas
À son départ, en 1997, le Milan a retiré son numéro 6. Aucun joueur du club ne l’a porté depuis. C’était une première dans le football italien.
Il faut s’arrêter une seconde sur ce geste, parce qu’il relève exactement de ce dont ce journal s’occupe. Retirer un numéro, c’est une forme d’épitaphe. Une institution décide qu’une place restera vide, et que ce vide sera visible chaque semaine, sur chaque feuille de match, pendant des décennies. C’est le même mouvement qu’une plaque, qu’une stèle, qu’un nom gravé : soustraire quelque chose à la circulation ordinaire pour que l’absence continue de se voir. Nous l’écrivions à propos d’une plaque brisée rue Louis-Braille — une société grave pour que l’oubli ait du travail à faire.
Baresi, lui, n’est jamais vraiment parti du club après 1997 : il y est resté à divers titres, jusqu’à en devenir vice-président d’honneur.
Mardi, à Sant’Ambrogio
La cérémonie de mardi mérite qu’on la regarde pour elle-même.
Sant’Ambrogio n’est pas une église choisie au hasard dans le centre de Milan. Elle a été fondée entre 379 et 386 et abrite la sépulture d’Ambroise, évêque et patron de la ville. C’est l’un des lieux les plus anciens de Milan, et l’un de ceux où la ville se rassemble quand elle veut marquer le coup. Y conduire un défenseur de football n’est pas une facilité : c’est une déclaration sur ce qu’un homme a représenté pour une population.
Il y aura pourtant un manque, et il est cruel de banalité : l’effectif du Milan ne sera pas là. L’équipe est en tournée de préparation en Australie et en Indonésie. Ceux qui portent aujourd’hui le maillot qu’il a porté vingt ans salueront leur capitaine à quinze mille kilomètres, par écran interposé.
C’est une situation que beaucoup de familles connaissent, à une tout autre échelle, et particulièrement en cette saison : on ne peut pas rentrer, on ne peut pas décaler, on assiste de loin. Le calendrier ne s’arrête pas parce que quelqu’un est mort. Nous avons consacré un article aux obsèques d’été sous tension ; l’absence des vivants au moment de l’adieu en est l’une des formes les plus douloureuses, et l’une des plus fréquentes. Que cela arrive aussi à un club de football, avec tous ses moyens, n’a rien de scandaleux — c’est simplement rassurant, d’une certaine manière, de constater que personne n’y échappe.
Les supporters, eux, seront devant la basilique. Ils le sont déjà devant la chapelle ardente.
Ce qu’il laisse
Il laisse sa femme, Maura Lari, et leurs deux fils, Edoardo et Giannandrea. Il laisse son frère Giuseppe, qui aura vu leur histoire commencer dans une ferme de Travagliato et finir sous les voûtes de Sant’Ambrogio.
Et il laisse une idée du métier qui n’a plus tellement cours. Un joueur qui reste quand le club descend. Un capitaine nommé à vingt-deux ans parce qu’il ne restait personne d’autre, et qui tient le poste quinze ans. Un homme dont on retient une finale perdue comme un sommet. Le football a beaucoup changé depuis 1997, et il serait absurde de le lui reprocher ; mais mardi, à Milan, ce sera bien cette fidélité-là qu’on enterre en même temps que l’homme.
Nous avions écrit ici, il y a quelques jours, l’éloge d’un autre footballeur, Kevin Keegan, fils de mineur du Yorkshire. Deux capitaines, deux origines modestes, deux générations qui s’en vont ensemble. Elles avaient en commun l’idée qu’on doit quelque chose au maillot. C’est ce que nous écrivions à propos d’autres disparus de cet été : ce qu’une société garde de ses morts en dit long sur ce qu’elle valorise chez ses vivants.
Le 6 restera vide. C’est la seule chose que Milan pouvait faire, et il l’a faite il y a près de trente ans, sans savoir qu’elle servirait un jour d’avance sur le deuil.
Repères
- Né le 8 mai 1960 à Travagliato (province de Brescia, Italie).
- Mort le 31 juillet 2026 à Milan, à 66 ans. Cause non communiquée ; opéré d’un nodule pulmonaire en août 2025, puis immunothérapie.
- Club : Milan AC, de 1974 (formation) à 1997. 719 matchs officiels. Débuts en Serie A le 23 avril 1978, à 17 ans.
- Capitaine du Milan AC de 1982 à 1997, soit quinze saisons.
- Palmarès en club : 6 championnats d’Italie, 3 Coupes d’Europe des clubs champions, 2 Coupes intercontinentales, 4 Supercoupes d’Italie.
- Sélection : champion du monde 1982 avec l’Italie ; capitaine de la finale de 1994, perdue aux tirs au but contre le Brésil.
- Distinction : deuxième au Ballon d’or 1989.
- Numéro 6 retiré par le Milan AC en 1997, une première dans le football italien.
- Ensuite : vice-président d’honneur du club.
Info aux familles
La chapelle ardente est installée à Milan, entre le siège du Milan AC (via Aldo Rossi) et le musée de San Siro, et ouverte au public.
Les obsèques ont lieu le mardi 4 août 2026 à 11 h, à la basilique Sant’Ambrogio, piazza Sant’Ambrogio, à Milan. La cérémonie est publique et la ville de Milan a décrété une journée de deuil. Aucun appel à dons en mémoire du défunt n’a été rendu public à ce jour.
Sources : communiqué du Milan AC (31 juillet 2026) ; CNN, ESPN, Al Jazeera, Euronews et CNews (31 juillet 2026) ; Il Giorno, Il Messaggero et Leggo pour les modalités des obsèques et les éléments familiaux ; FIFA pour le parcours en sélection.
Créez la plaque de votre proche
Configurateur en ligne, BAT offert sous 24h, livraison gratuite dès 69 €.



