Éric Roy, entraîneur du Stade Brestois, décédé le 17 juin 2026 — hommage

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Éric Roy, l’homme aux mille casquettes du football français

Éric Roy, l'entraîneur qui a porté le Stade Brestois jusqu'en Ligue des champions, est mort le 17 juin 2026 à 58 ans, au terme de trois ans et demi de lutte discrète contre la maladie. Hommage à un homme du football fait de fidélité, de travail et de respect.

Au printemps 2024, sur la scène des Trophées UNFP, c’est Didier Deschamps qui lui remet la récompense du meilleur entraîneur de Ligue 1. Éric Roy a 56 ans, trente années de football derrière lui, et c’est le premier trophée de toute sa carrière. Ce que la salle ignore alors, c’est qu’il se bat déjà, depuis deux ans, contre un cancer du pancréas. Il n’en dira rien. Il continuera de diriger son équipe, match après match, jusqu’au bout. Éric Roy s’est éteint le mercredi 17 juin 2026, à 58 ans. Sa famille a annoncé la nouvelle sur les réseaux sociaux.

Avec lui disparaît une figure singulière du football français : un homme qui aura occupé, au fil de sa vie, presque tous les postes qu’un club professionnel peut offrir — joueur, entraîneur, directeur sportif, manager, dirigeant, consultant — sans jamais renier d’où il venait.

Un enfant de Nice, milieu de terrain de la fidélité

Éric Roy est né le 26 septembre 1967 à Nice. C’est là, à l’OGC Nice, qu’il fait ses débuts professionnels en 1988, milieu de terrain réputé pour son engagement et sa lecture du jeu. Sa carrière de joueur, de 1988 à 2004, épouse la géographie du football français de son époque : après Nice, le Sporting Toulon Var, l’Olympique lyonnais, puis l’Olympique de Marseille à la fin des années 1990, un passage par l’Angleterre du côté de Sunderland, et la fin de parcours à Troyes puis au Rayo Vallecano, en Espagne.

Son temps fort de joueur reste l’épopée européenne de l’OM en 1999, conclue par une finale de Coupe UEFA perdue. À une époque où beaucoup de carrières se monnayaient au gré des transferts, la sienne raconte autre chose : l’attachement à des maillots, le goût du travail patient, une certaine idée de la loyauté.

L’homme aux mille casquettes

C’est à Nice, son club de cœur, qu’il déploie la part la plus inattendue de sa vie. Après avoir raccroché les crampons, il y revient et y occupe, au fil des années, presque toutes les fonctions imaginables : entraîneur de l’équipe première au début des années 2010, puis directeur sportif, manager général, directeur du marketing, directeur du développement. Peu d’hommes connaissent un club sous autant d’angles à la fois — du vestiaire au bureau, de la pelouse aux comptes. On le retrouve aussi consultant à la télévision, et organisateur de tournois de foot-volley, sa passion.

Cette polyvalence dit quelque chose de son caractère : un homme curieux, capable d’apprendre des métiers nouveaux sans jamais se croire arrivé, fidèle à une maison plutôt qu’à une seule mission. Le football, pour lui, n’était pas qu’un terrain : c’était un monde entier, qu’il a voulu comprendre de l’intérieur.

Brest, le chef-d’œuvre tardif

La consécration vient tard, et loin de la Méditerranée. En janvier 2023, à 55 ans, Éric Roy prend en main un Stade Brestois en lutte pour son maintien, dans une région qu’il ne connaît pas. Il sauve d’abord le club de la relégation. Puis, la saison suivante, il signe l’un des plus beaux exploits récents du championnat de France : une troisième place en Ligue 1 en 2023-2024, le meilleur classement de l’histoire du club, et une qualification pour la Ligue des champions — une première pour Brest.

Les distinctions suivent, elles aussi tardives : Trophée UNFP du meilleur entraîneur de Ligue 1 en mai 2024, puis entraîneur français de l’année désigné par France Football en fin d’année. À l’automne, le petit club breton dispute pour la première fois de son histoire la plus prestigieuse des compétitions européennes, et y tient son rang. Éric Roy s’inscrit ainsi dans une lignée d’entraîneurs français formés sur le terrain plutôt que sur les bancs d’école, qui ont fait carrière à force de patience et de fidélité.

Comme pour le navigateur Charlie Dalin, ce que cette trajectoire laisse n’est pas d’abord un palmarès, mais un exemple : celui d’un homme qui a prouvé qu’on pouvait réussir sans renier ses valeurs, et toucher au sommet après des décennies de travail obscur.

Le silence d’un combat

Le plus remarquable tient peut-être à ce qu’il n’a pas dit. Pendant trois ans et demi, Éric Roy a affronté la maladie tout en continuant d’exercer son métier au plus haut niveau, sans en faire état publiquement. Certains observateurs avaient noté une fatigue, ces derniers mois ; nul n’en connaissait la cause. Il a choisi de continuer, simplement, là où d’autres se seraient arrêtés.

Le cancer du pancréas reste l’un des plus difficiles à soigner, souvent diagnostiqué tard. Qu’un homme ait pu, des années durant, mener une équipe en Ligue des champions tout en le combattant force le respect — sans qu’on ait besoin d’en faire un récit héroïque qu’il n’aurait sans doute pas revendiqué.

Dans les heures qui ont suivi l’annonce, les hommages se sont multipliés, des clubs qu’il avait servis jusqu’à la Ligue de football professionnel. « Un homme du football comme on en croise peu », a réagi Didier Deschamps, qui le comptait parmi ses amis. À l’image d’autres figures de la fidélité discrète, Éric Roy laisse le souvenir d’une présence droite, plus attachée aux actes qu’aux mots.

Ce qui demeure

Reste l’image d’un homme qui aura tout connu du football — la gloire d’une finale européenne, l’ombre des bureaux, l’ivresse d’une nuit de Ligue des champions arrachée à 56 ans — et qui aura traversé tout cela avec la même constance. Pour ceux qui l’ont côtoyé, à Nice, à Marseille, à Brest, il restera celui qui ne trichait pas. C’est peut-être l’héritage le plus simple, et le plus rare : avoir donné aux siens l’exemple d’une vie tenue jusqu’au bout, sans bruit.

Repères

  • Né le 26 septembre 1967 à Nice.
  • Décédé le 17 juin 2026, à 58 ans, des suites d’un cancer du pancréas.
  • Joueur (1988-2004) : OGC Nice, Sporting Toulon Var, Olympique lyonnais, Olympique de Marseille, Sunderland, ESTAC Troyes, Rayo Vallecano. Finaliste de la Coupe UEFA en 1999 avec l’OM.
  • Dirigeant et entraîneur à l’OGC Nice : entraîneur (2010-2011), puis directeur sportif, manager, directeur du marketing et du développement.
  • Stade Brestois (à partir de janvier 2023) : maintien, puis 3e de Ligue 1 en 2023-2024 et qualification historique en Ligue des champions ; Trophée UNFP du meilleur entraîneur (2024) et entraîneur français de l’année France Football (2024).

Hommages et obsèques

À ce stade, les obsèques d’Éric Roy n’ont pas été rendues publiques par sa famille. Plusieurs clubs qu’il a servis — le Stade Brestois, l’OGC Nice, l’Olympique de Marseille, l’Olympique lyonnais — ont annoncé des hommages, et une minute de silence est prévue sur les terrains professionnels lors de la prochaine journée de championnat. Nous mettrons cette information à jour dès que des modalités officielles de recueillement seront communiquées.

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