Antoine Ciosi est mort : soixante ans à chanter la Corse, sa langue et ses villages qui se vident
Antoine Ciosi est mort : soixante ans à chanter la Corse, sa langue et ses villages qui se vident
Antoine Ciosi, l'un des derniers monuments de la chanson corse, est mort dans la nuit du 3 au 4 octobre 2026 à Corbara, en Haute-Corse, à 94 ans. Révélé à l'Olympia en 1963 avec « Paese spentu », le chant d'un village qui se dépeuple, il aura passé plus de soixante ans et une quarantaine d'albums à porter son île, sa langue et sa mémoire. Hommage à une voix qui chantait la Corse qui s'en va.
Il avait une voix grave et posée, de celles qui semblent venir de loin — d’un village accroché à la montagne, d’un temps où l’on chantait encore en travaillant la terre. Antoine Ciosi est mort dans la nuit du 3 au 4 octobre 2026 à Corbara, en Haute-Corse, à 94 ans. Avec lui s’éteint l’un des derniers monuments de la chanson corse : un homme qui aura passé plus de soixante ans à porter son île, sa langue et sa mémoire partout où l’on voulait bien l’écouter.
D’un village de Haute-Corse à la scène de l’Olympia
Il était né le 15 décembre 1931 à Sorbo-Ocagnano, dans une Corse rurale et pauvre, d’origines paysannes qu’il n’a jamais reniées. Sa voix, il l’a d’abord portée loin de l’île : c’est à Paris, en 1963, qu’il se fait connaître en remportant le premier prix du tout premier festival de la chanson corse, organisé à l’Olympia, avec un titre promis à devenir un classique — Paese spentu, « le village éteint ».
Le choix de ce chant dit déjà tout d’une œuvre à venir. Au moment où la Corse se vide de ses habitants, partis chercher du travail sur le continent ou dans les colonies, Antoine Ciosi met en musique ce qui s’en va : les hameaux qui s’éteignent, les volets qui se ferment, les anciens qui restent seuls. Sa carrière se déroulera largement à Paris, mais toujours tournée vers l’île, comme un long retour chanté.
Chanter une île qui se vide
Pendant plus de six décennies et une quarantaine d’albums, Antoine Ciosi a fait de la mémoire corse la matière même de son répertoire. L’exode rural, la nostalgie du pays, la langue corse que l’on craignait de voir disparaître : il a chanté tout cela sans folklore facile, avec une gravité qui parlait autant aux insulaires qu’à ceux de la diaspora, pour qui sa voix était un morceau d’île emporté dans la valise.
Il a aussi contribué, à sa manière, à sauver un patrimoine : en portant sur scène et sur disque des mélodies traditionnelles qui, sans des interprètes comme lui, se seraient tues avec leurs derniers dépositaires. En 2018, un documentaire lui avait été consacré, U Tragulinu — Antoine Ciosi, une histoire corse, qui racontait ce parcours d’un chanteur de racines paysannes devenu l’une des voix de tout un peuple.
Une voix de la mémoire d’un peuple
C’est peut-être cela qu’il laisse de plus durable : non pas seulement des chansons, mais une façon de tenir la mémoire d’une île. Dans un XXe siècle où la Corse a vu partir ses enfants, discuter son identité et défendre sa langue, Antoine Ciosi a été de ceux qui transmettaient — patiemment, un concert après l’autre — ce que l’on risquait d’oublier. Il appartenait à cette génération d’artistes pour qui chanter son pays n’était pas une coquetterie, mais un devoir de fidélité.
Jusqu’à la fin, il était resté en lien avec son public, fidèle à son île où il s’est éteint. Les hommages, à l’annonce de sa mort, sont venus bien au-delà de la Corse : le guitariste et chanteur Thomas Dutronc a salué la disparition d’un « ami de toujours », la chanteuse Jenifer, elle-même d’origine corse, celle d’une grande voix.
Ce qu’il laisse
Il laisse une œuvre considérable, une quarantaine d’albums qui forment une sorte d’archive chantée de la Corse du dernier siècle. Il laisse aussi un fils, Jérôme Ciosi, guitariste, longtemps son partenaire de scène — une transmission qui s’est faite de la main à la main, comme souvent dans les familles de musiciens. Et il laisse, à ceux qui l’ont écouté, l’écho d’une voix qui disait les villages qui s’éteignent sans jamais cesser d’y croire.
Repères
- 15 décembre 1931 — naissance à Sorbo-Ocagnano (Haute-Corse).
- 1963 — premier prix du premier festival de la chanson corse, à l’Olympia, avec Paese spentu.
- Plus de soixante ans de carrière et une quarantaine d’albums.
- 2018 — documentaire U Tragulinu — Antoine Ciosi, une histoire corse.
- 4 octobre 2026 — mort à Corbara (Haute-Corse), à 94 ans.
Hommages
De nombreux hommages ont salué sa mémoire, en Corse comme sur le continent, parmi les artistes et le public. Les modalités des obsèques n’étaient pas connues à l’heure de la publication de cet article.
Nos sources
- ICI Corse (ex-France Bleu / France 3 Corse) et presse corse : annonce du décès à Corbara, âge, hommages.
- Notices biographiques publiques : naissance à Sorbo-Ocagnano, prix de 1963 à l’Olympia, discographie, documentaire de 2018.
- Réactions publiques de personnalités (Thomas Dutronc, Jenifer) relayées par la presse.
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