Gabriel Serville est mort : le professeur devenu la voix d’une Guyane qui se voulait plus libre
Gabriel Serville, premier président de la Collectivité territoriale de Guyane né et grandi sur cette terre, est mort le 30 septembre 2026 à Cayenne, à 67 ans, emporté par un cancer dont il avait parlé sans détour. Professeur de mathématiques devenu député, maire de Matoury puis fondateur du mouvement Péyi Guyane, il aura porté jusqu'au bout l'idée d'une Guyane maîtresse de son destin. Retour sur une trajectoire.
Il était rentré en Guyane au début de l’été 2025, après des mois de soins loin de chez lui, et il avait fait une chose rare pour un homme politique : parler de sa maladie simplement, à visage découvert. Gabriel Serville est mort le 30 septembre 2026 au centre hospitalier Andrée-Rosemon de Cayenne, trois jours après ses 67 ans, emporté par un cancer de l’estomac. Avec lui disparaît le premier président de la Collectivité territoriale de Guyane à être né, à avoir grandi et à avoir enseigné sur cette terre qu’il voulait voir décider davantage d’elle-même.
Un professeur de mathématiques entré en politique par conviction
Né le 27 septembre 1959 en Guyane, Gabriel Serville avait d’abord été un homme de la salle de classe. Professeur de mathématiques, puis chef d’établissement, il appartenait à cette génération d’enseignants guyanais pour qui transmettre un savoir et défendre un territoire relevaient du même geste. On retrouvera, dans sa manière de faire de la politique, quelque chose du pédagogue : le goût d’expliquer, la patience, et une certaine raideur sur les principes.
Son engagement commence au sein des Forces démocratiques de Guyane, un parti autonomiste local. En 2008, il s’en éloigne, se présente sans étiquette aux municipales de Matoury, siège dans l’opposition, puis rejoint le Parti socialiste guyanais. C’est le chemin, classique pour sa génération, d’un homme de gauche attaché à sa région avant d’être attaché à un appareil.
Député, maire, puis l’artisan d’un mouvement guyanais
Les années 2010 sont celles de l’ascension. Conseiller régional en mars 2012, il est élu la même année député de la première circonscription de Guyane, puis réélu en 2017 au second tour, avec un peu plus de 51 % des voix. Maire de Matoury à partir de 2014, il quitte ce mandat en 2017 pour se conformer à la loi sur le non-cumul — un renoncement qu’il assume sans réticence apparente.
Vient alors la rupture avec le Parti socialiste. En octobre 2018, Gabriel Serville fonde son propre mouvement, Péyi Guyane, littéralement « pays Guyane » : le nom dit tout d’une ligne qui place le territoire avant les étiquettes hexagonales. À l’Assemblée nationale, il siège au sein du groupe de la Gauche démocrate et républicaine. Il n’est plus seulement un élu de la République ; il devient le porte-voix d’une revendication proprement guyanaise.
2021, la victoire, et l’idée d’une Guyane qui décide
Cette revendication trouve son aboutissement électoral en 2021. Grand vainqueur des élections territoriales, Gabriel Serville est élu président de la Collectivité territoriale de Guyane le 2 juillet 2021. Il arrive aux responsabilités porté par un programme clair : davantage d’autonomie, une décentralisation réelle des compétences, et la conviction que la Guyane doit être actrice de son développement plutôt que spectatrice de décisions prises à près de 7 000 kilomètres.
Cette ligne n’était pas née de rien. Elle prolongeait le grand mouvement social de 2017, quand la Guyane s’était arrêtée pendant des semaines pour exiger de l’État des moyens à la hauteur de ses besoins — santé, éducation, sécurité, infrastructures. Serville en avait été l’un des relais politiques. Président, il a fait de l’évolution statutaire du territoire le fil conducteur de son mandat, un chantier aussi difficile qu’il est ancien dans l’histoire des outre-mer.
Ce qu’il laisse
Il laisse ce chantier inachevé, comme le sont presque toujours les combats institutionnels, et une Guyane en deuil. À l’annonce de sa mort, les drapeaux ont été mis en berne dans l’ensemble des mairies du territoire et à l’hôtel préfectoral. Les hommages ont traversé les clivages, jusqu’au sommet de l’État : le président de la République a salué en lui l’un des « défenseurs les plus passionnés » de la Guyane.
Reste une figure cohérente, du premier au dernier jour : un enfant du pays qui avait commencé par apprendre les mathématiques à des élèves guyanais et qui a fini par demander, pour ces mêmes élèves devenus adultes, le droit de décider un peu plus par eux-mêmes. Entre les deux, une vie entière passée à soutenir que la distance ne devait pas valoir dépendance.
Repères
- 27 septembre 1959 — naissance en Guyane.
- Professeur de mathématiques, puis chef d’établissement.
- 2012 — conseiller régional, puis député de la 1re circonscription de Guyane (réélu en 2017).
- 2014-2017 — maire de Matoury.
- Octobre 2018 — fondation du mouvement Péyi Guyane.
- 2 juillet 2021 — élu président de la Collectivité territoriale de Guyane.
- 30 septembre 2026 — mort à Cayenne, à 67 ans.
Hommages
Drapeaux en berne dans les mairies de Guyane et à l’hôtel préfectoral ; hommages des élus du territoire et des responsables nationaux. Les modalités des obsèques n’étaient pas connues à l’heure de la publication de cet article.
Nos sources
- Guyane La 1re (France Info Outre-mer) : annonce du décès, hommages et mise en berne des drapeaux.
- LCP, France-Guyane et notices biographiques publiques : parcours politique (mandats, dates, fondation de Péyi Guyane, élection à la CTG en 2021).
- Déclaration du président de la République citée par la presse à l’annonce du décès.
Créez la plaque de votre proche
Configurateur en ligne, BAT offert sous 24h, livraison gratuite dès 69 €.



