Illustration : une lettre sur un bureau devant une fenêtre ouverte sur un ciel étoilé, en hommage à Marina Vlady

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Actualités funéraires

Marina Vlady est morte : de la Princesse de Clèves au livre adressé à Vyssotski

Marina Vlady est morte le 24 septembre 2026, chez elle, à 88 ans. Dernière des quatre sœurs Poliakoff, prix d'interprétation à Cannes en 1963, elle a perdu en 1980 une sœur puis son mari, Vladimir Vyssotski. Sept ans plus tard, elle lui a adressé un livre entier, écrit comme une lettre à un disparu.

Marina Vlady est morte le jeudi 24 septembre 2026, à 88 ans. Ses enfants l’ont annoncé à l’AFP : elle s’est éteinte « chez elle, entourée de ses proches et de ses animaux », au terme d’« une longue et belle vie bien remplie ». Elle laisse plus de quatre-vingts films, dont La Princesse de Clèves et Le Lit conjugal, prix d’interprétation à Cannes en 1963. Elle laisse aussi un livre singulier : sept ans après la mort de Vladimir Vyssotski, elle a publié un récit entièrement adressé à lui, comme une lettre à un disparu.

Pour sa tombe, elle avait pensé à une météorite

Il existe, entre Mars et Jupiter, un astéroïde qui porte le nom de Vladimir Vyssotski. C’est par ce détail que l’éditeur présente encore aujourd’hui le livre que Marina Vlady a consacré à son mari en 1987. Elle y raconte qu’une météorite tombée en Sibérie centrale devait symboliser sur sa tombe une vie jugée « brûlante et trop brève ». Le projet ne s’est pas fait.

Ce qui s’est fait, en revanche, s’est passé ailleurs. Selon cette même présentation, des astronomes de l’observatoire de Crimée ont donné son nom, en 1985, à une petite planète inscrite sous le numéro 2374. Le monument voulu par la veuve n’a pas vu le jour ; un hommage qu’elle n’avait pas commandé tourne depuis dans le ciel.

Il y a là, résumée en quelques lignes, une chose que beaucoup de familles découvrent : la mémoire d’un mort ne dépend pas seulement de ceux qui l’ont le plus aimé. D’autres s’en emparent, d’autres la prolongent, parfois autrement qu’on ne l’aurait voulu.

Elle était la dernière des quatre sœurs Poliakoff

Marina Vlady est née Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff, le 10 mai 1938, à Clichy. Ses parents étaient russes. Son père, Vladimir de Poliakoff, chanteur d’opéra, était en France depuis 1915 et avait combattu pendant la Première Guerre mondiale. Sa mère, Militza Envald, danseuse, était arrivée en 1919, après la révolution russe.

Le foyer compte quatre filles, et toutes font carrière sur scène ou à l’écran. Olga devient comédienne et réalisatrice de télévision sous le nom d’Olga Varen. Étiennette devient Odile Versois. Militza devient Hélène Vallier. La benjamine, Catherine Marina, devient Marina Vlady.

Des quatre, elle était la dernière en vie. Hélène Vallier est morte en 1988, Olga Varen en 2009. Odile Versois, elle, est morte le 23 juin 1980, à 50 ans. Un mois plus tard, Marina Vlady perdait son mari.

Une actrice à dix ans, une princesse à vingt-trois

Elle commence par la danse, comme élève à l’Opéra de Paris. Le cinéma la prend très tôt : premier rôle à l’écran vers dix ans, dans Orage d’été (1949). En 1954, Avant le déluge, d’André Cayatte, la révèle et lui vaut le prix Suzanne-Bianchetti. (Une partie de la presse belge écrit « Après le déluge » : c’est une erreur, le titre du film est bien Avant le déluge.)

Elle épouse Robert Hossein à dix-sept ans, en 1955. Ils ont deux fils et divorcent en 1959. Elle tourne dans plusieurs de ses films. (Une dépêche reprise sur un portail d’information présente Robert Hossein comme son « compagnon » : il a été son premier mari.) De son deuxième mariage, avec Jean-Claude Brouillet, de 1963 à 1966, naît un troisième fils.

Entre-temps, deux rôles l’installent. En 1961, Jean Delannoy lui confie La Princesse de Clèves, d’après le roman de Madame de La Fayette. En 1963, Le Lit conjugal, de Marco Ferreri, lui vaut le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes. Suivront Orson Welles (Falstaff), Jean-Luc Godard (Deux ou trois choses que je sais d’elle, 1967), Bertrand Tavernier (Que la fête commence), Ettore Scola (Splendor), et à la télévision La Chambre des dames.

En 1971, elle signe le manifeste des 343, par lequel des femmes déclaraient avoir avorté et réclamaient la légalisation de l’avortement.

Dix ans avec un homme dont les chansons n’étaient pas autorisées

Vladimir Vyssotski était né la même année qu’elle, en 1938, à Moscou. Poète, acteur, chanteur, il était l’une des voix les plus écoutées d’Union soviétique — sans que ses chansons y soient jamais officiellement autorisées. Elles circulaient par copies de bandes magnétiques, de main en main.

Ils se marient en 1970. Pendant dix ans, leur couple vit à cheval sur une frontière : la présentation du livre qu’elle en tirera parle d’une séparation imposée par les frontières politiques, de l’alcoolisme de Vyssotski et des difficultés administratives de la vie en URSS.

Vladimir Vyssotski meurt à Moscou le 25 juillet 1980, à 42 ans, d’un arrêt cardiaque. Il est inhumé au cimetière Vagankovo. Marina Vlady vient alors de perdre sa sœur. Elle a 42 ans, elle aussi.

Sept ans plus tard, un livre qui s’adresse au disparu

Vladimir ou le vol arrêté paraît chez Fayard le 7 octobre 1987. Près de trois cents pages. Ce n’est ni une biographie ni un recueil de souvenirs à la troisième personne : le livre est écrit comme une adresse au mort. Elle ne parle pas de lui ; elle lui parle.

C’est un choix de forme qui compte. Raconter quelqu’un à la troisième personne, c’est déjà l’avoir rangé dans le passé. Lui écrire, c’est prolonger une conversation interrompue — avec ce que cela comporte de reproches possibles, de tendresse et de mise au point. Le livre mêle ce récit à des poèmes de Vyssotski, et il a été porté au théâtre, selon sa notice biographique, à plusieurs reprises dans les années 2000.

Il faut aussi noter ce qu’elle n’a pas fait. Elle n’a pas écrit dans l’urgence. Sept ans ont passé entre la mort et le livre. Elle a vécu, pendant ce temps et jusqu’en 2003, avec le cancérologue Léon Schwartzenberg, son compagnon pendant plus de vingt ans. Le livre n’a donc rien d’un cri : c’est une parole mûrie, publiée quand elle a pu l’être.

Elle a ensuite continué d’écrire, jusqu’à publier une douzaine de livres. En 2005, chez Fayard, elle livre ses mémoires sous le titre 24 images/seconde.

Ce qu’elle laisse aux familles qui écrivent à leurs morts

Nous avons raconté la semaine dernière comment Catherine Ringer avait traversé le deuil de Fred Chichin sur scène, trois mois après sa mort, devant des salles qui savaient. Marina Vlady a fait presque l’inverse : l’attente, la page, le temps long. Deux manières opposées de porter un mort, et aucune n’est la bonne pour tout le monde.

Écrire une lettre à un défunt est un geste que beaucoup d’endeuillés font sans oser le dire, et qui n’a besoin ni de talent ni d’éditeur. Quelques repères, pour ceux qui voudraient s’y essayer :

  • Rien ne presse. Marina Vlady a attendu sept ans. Une lettre écrite trop tôt n’est pas plus sincère ; elle est souvent seulement plus douloureuse.
  • Tutoyer ou vouvoyer comme de son vivant. C’est la forme de la relation qui fait la justesse du texte, pas le style.
  • Dire aussi ce qui a été difficile. Son livre n’efface ni l’alcool ni les séparations. Une lettre qui ne garde que le meilleur sonne souvent faux à celui qui l’écrit.
  • Décider à part ce qu’on en fait. La garder, la lire lors d’une cérémonie, la déposer, la partager avec la famille : ce sont des choix distincts de l’écriture, et on peut les repousser.

Les familles qui veulent aller plus loin, en rassemblant les textes de plusieurs proches, trouveront des pistes dans notre guide sur le livre souvenir familial. Celles qui préfèrent un support partagé et évolutif peuvent se tourner vers un espace mémorial en ligne.

Reste la leçon de la météorite. Le monument qu’une veuve imagine n’est pas toujours celui qui se fait. En France, le maire n’a pas à autoriser ce que la famille fait de son monument ; mais, si la sépulture est une tombe de famille, les cohéritiers ont leur mot à dire. Le désaccord sur une tombe est l’un des plus fréquents qui soient ; il gagne à être anticipé.

Marina Vlady avait joué une princesse qui renonce à l’homme qu’elle aime. Elle aura, elle, écrit à celui qu’elle avait perdu, longtemps après, pour que d’autres le connaissent. Elle avait 88 ans.

Repères

  • Née Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff, le 10 mai 1938, à Clichy.
  • Morte le jeudi 24 septembre 2026, chez elle, à 88 ans, selon le communiqué de ses enfants transmis à l’AFP.
  • Parents : Vladimir de Poliakoff, chanteur d’opéra, en France depuis 1915 ; Militza Envald, danseuse, arrivée en 1919.
  • Sœurs : Olga Varen (1928-2009), Odile Versois (1930-1980), Hélène Vallier (1932-1988).
  • 1949 : premier rôle au cinéma, Orage d’été.
  • 1954 : Avant le déluge (André Cayatte), prix Suzanne-Bianchetti.
  • 1955-1959 : mariée à Robert Hossein ; deux fils. 1963-1966 : mariée à Jean-Claude Brouillet ; un fils.
  • 1961 : La Princesse de Clèves (Jean Delannoy).
  • 1963 : prix d’interprétation féminine à Cannes pour Le Lit conjugal (Marco Ferreri).
  • 1970-1980 : mariée à Vladimir Vyssotski, mort à Moscou le 25 juillet 1980.
  • 1987 : Vladimir ou le vol arrêté (Fayard).
  • Années 1980-2003 : compagne du cancérologue Léon Schwartzenberg, jusqu’à la mort de celui-ci.
  • 2005 : mémoires, 24 images/seconde (Fayard).

Info aux familles

À la date de publication, ni la date ni le lieu des obsèques n’ont été rendus publics. Nous ne relaierons aucune information à ce sujet tant qu’elle ne sera pas confirmée par la famille ou par une source officielle, et cet article sera mis à jour le cas échéant.

Le communiqué transmis à l’AFP par ses enfants annonce le décès ; il ne dit rien de la cérémonie. Comme nous l’écrivions pour d’autres disparitions récentes, annoncer une mort et annoncer des funérailles sont deux décisions distinctes, et le silence sur les secondes est souvent une volonté. Aucun registre de condoléances public n’a été signalé ; si une commune en ouvrait un, rappelons que ce cahier ne repose sur aucune obligation légale.

Nos sources

Le décès a été confirmé par le communiqué des enfants de Marina Vlady transmis à l’AFP le 24 septembre 2026, repris notamment par Orange Actu, BFMTV, Le Temps, La Libre et La DH. Les éléments biographiques (famille, filmographie, mariages) ont été recoupés entre ces reprises et les notices de référence consacrées à Marina Vlady, Odile Versois et Vladimir Vyssotski. Les informations sur Vladimir ou le vol arrêté (date, forme, météorite, astéroïde n° 2374) proviennent de la présentation de l’éditeur Fayard et de la notice du livre ; nous ne les avons pas vérifiées dans les catalogues astronomiques. Nous n’avons reproduit aucun poème ni aucune parole de chanson, et n’avons repris aucun détail sur les circonstances du décès au-delà des mots de la famille.

Article publié le 25 septembre 2026.

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