Illustration en hommage a Catherine Ringer, chanteuse des Rita Mitsouko

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Catherine Ringer est morte : elle a passé sa vie à faire des chansons avec ses morts

Catherine Ringer est morte dans la nuit du 14 septembre 2026, à 68 ans, emportée par un cancer foudroyant. Sa chanson la plus célèbre, Marcia Baïla, est un tombeau dédié à une chorégraphe morte à 36 ans. Son père, revenu des camps, est devenu une autre chanson. Et le deuil de Fred Chichin, elle a choisi de le traverser sur scène, trois mois après sa mort, devant des salles qui savaient.

Catherine Ringer est morte dans la nuit du 14 septembre 2026, à 68 ans. Ses enfants l’ont annoncé le lendemain à l’AFP : elle a été « emportée par un cancer foudroyant ». Elle laisse sept albums avec Les Rita Mitsouko et une œuvre qui, à bien la regarder, est traversée de bout en bout par ses propres deuils. Sa chanson la plus connue est un tombeau. La plus intime raconte son père. Et le plus long de ses deuils, celui de Fred Chichin, elle a choisi de le traverser sur scène, devant tout le monde.

Sa chanson la plus célèbre est un tombeau

Il faut commencer par là, parce que c’est le nœud de tout le reste. Des millions de Français connaissent Marcia Baïla par cœur. Beaucoup moins savent qu’ils chantent le nom d’une morte.

Marcia Moretto était chorégraphe. Argentine, installée en France, elle mêlait danse classique et jazz moderne et enseignait à Sartrouville dans les années 1970. Catherine Ringer l’avait rencontrée en 1976 ; elle est devenue sa professeure de danse, puis son amie. Marcia Moretto est morte d’un cancer du sein à 36 ans. (Sur la date, les sources divergent : la plupart des notices de référence retiennent le 21 mai 1983, à Paris ; quelques bases plus anciennes indiquent 1981. Nous retenons 1983, sans trancher au-delà de ce que les sources permettent.)

La chanson paraît l’année suivante. Elle devient l’un des plus grands succès de la décennie. Et elle fait une chose que la plupart des hommages ne réussissent jamais : elle rend le nom de la morte plus vivant que de son vivant. Aujourd’hui, si le nom de Marcia Moretto existe encore quelque part en dehors des archives de la danse contemporaine, c’est parce qu’une ancienne élève en a fait un refrain.

C’est aussi, dans sa forme, une chose très inhabituelle. On ne pleure pas, dans Marcia Baïla : on danse. Le texte nomme la maladie sans euphémisme, la musique est joyeuse, et l’ensemble se tient debout. C’est un deuil qui refuse la posture funèbre sans rien céder sur le fait. Il y a, dans cette seule chanson, une leçon que beaucoup de familles mettent des années à formuler : rendre hommage n’oblige pas à baisser la voix.

Elle était la fille de Sam Ringer

Catherine Ringer est née le 18 octobre 1957 à Suresnes. Sa mère, Jeanine Ettlinger, était architecte. Son père, Sam Ringer, était peintre : juif ashkénaze né en Pologne, il avait été déporté et avait survécu à plusieurs camps de concentration nazis.

Elle n’a pas raconté cette histoire dans une interview : elle en a fait une chanson, C’était un homme, sur l’album Cool Frénésie. Là encore, le réflexe est le même — ce qui ne peut pas se dire se met en musique, et devient transmissible.

Ce détour par la famille n’est pas anecdotique pour comprendre sa trajectoire. Elle grandit dans une maison où l’on peint, où l’on construit, et où quelqu’un est revenu de très loin. Elle chante à partir du milieu des années 1970 dans plusieurs spectacles de théâtre musical, notamment sous la direction de Michael Lonsdale et de Michel Puig. Elle danse. Elle joue. Le métier de chanteuse, chez elle, arrive après une formation de plateau, ce qui s’entendra toute sa vie : elle n’a jamais interprété une chanson, elle l’a jouée.

1979 : Fred Chichin

Ils se rencontrent en 1979, sur la comédie musicale Flashes rouges. Le duo s’appelle d’abord Les Sprats, puis Rita Mitsouko. Ils seront ensemble à la scène et à la ville pendant vingt-huit ans.

Suivent sept albums studio, dont The No Comprendo (1986), Marc et Robert (1988), Système D (1993) et Variéty (2007). Le son n’appartient qu’à eux : une guitare sèche et cassante, une voix qui monte dans les aigus sans prévenir, des textes qui passent du burlesque au tragique en une mesure. Emmanuel Macron, dans son hommage, l’a résumé en trois mots : « inclassable, irrévérencieuse, profondément française ».

Fred Chichin meurt le 28 novembre 2007, à Villejuif, à 53 ans, emporté par un cancer diagnostiqué quelques semaines plus tôt. Il est inhumé le 6 décembre au cimetière de Montmartre, au cours d’une cérémonie privée.

Remonter sur scène trois mois après

C’est ici que l’histoire de Catherine Ringer cesse d’être celle d’une chanteuse pour devenir un cas de deuil rarement observable en public.

Elle est remontée sur scène environ trois mois après la mort de Fred Chichin, et elle a achevé la tournée qui était prévue. Elle a expliqué ce choix des années plus tard, en 2020 : le travail aide dans les moments de deuil intense, et rester chez soi à se désespérer ne fait pas avancer les choses. Elle a dit avoir traversé une grande part de son deuil sur scène, au contact du public — en veillant à laisser, sur ce plateau, une place à Fred Chichin.

Il faut mesurer ce que cela suppose. La plupart des endeuillés disposent de quelques jours, parfois d’une semaine, avant de retourner au travail, et ils y retournent dans l’anonymat relatif d’un bureau ou d’un atelier. Elle, c’était chaque soir, sous les projecteurs, en chantant des chansons écrites à deux, devant des salles qui savaient. Elle n’a jamais prétendu que c’était une méthode, ni que c’était la bonne. Elle a simplement dit que c’était la sienne.

Elle a aussi dit, plus tard, que la douleur ne disparaissait pas — qu’elle devenait seulement moins forte qu’au début. C’est peut-être la phrase la plus utile qu’elle laisse aux familles, et elle contredit à peu près tout ce que le vocabulaire courant du deuil promet : on ne « tourne pas la page », on ne « fait pas son deuil » comme on solde un compte. On apprend à porter. Selon Paris Match, elle rendait encore hommage à Fred Chichin sur les réseaux sociaux au mois de mai 2026, le jour de son anniversaire — dix-neuf ans après.

Ce qu’elle laisse

Une œuvre, évidemment. Mais aussi, pour un média qui s’occupe de mémoire, une démonstration.

Catherine Ringer a fait trois fois la même chose, à trente ans d’intervalle : elle a pris un mort et elle en a fait une forme. Une amie chorégraphe est devenue un refrain. Un père revenu des camps est devenu une chanson. Un compagnon disparu est devenu une place gardée vide sur un plateau. Aucun de ces gestes n’était un monument ; tous ont tenu plus longtemps qu’un monument.

C’est exactement ce que font, à leur échelle, les familles qui composent un livre souvenir, qui fixent un rituel pour l’anniversaire du décès, ou qui cherchent la bonne phrase pour une plaque. La différence tient au talent, pas à l’intention. L’intention est la même : empêcher qu’un nom disparaisse.

Elle avait 68 ans. Son dernier hommage, pour une fois, sera rendu par d’autres.

Repères

  • Née le 18 octobre 1957 à Suresnes (Hauts-de-Seine).
  • Morte dans la nuit du 14 septembre 2026, à 68 ans, d’un cancer, selon le communiqué de ses enfants transmis à l’AFP le 15 septembre.
  • Parents : Sam Ringer, peintre, déporté et survivant des camps de concentration nazis ; Jeanine Ettlinger, architecte.
  • 1976 : rencontre Marcia Moretto, sa professeure de danse, morte d’un cancer du sein à 36 ans — à qui elle dédiera Marcia Baïla.
  • 1979 : rencontre Fred Chichin sur Flashes rouges. Le duo, d’abord Les Sprats, devient Les Rita Mitsouko.
  • Sept albums studio, dont The No Comprendo (1986), Marc et Robert (1988), Système D (1993), Variéty (2007).
  • 28 novembre 2007 : mort de Fred Chichin, à 53 ans. Inhumé le 6 décembre au cimetière de Montmartre, cérémonie privée.
  • 2008 : elle achève la tournée seule, puis mène une carrière solo.
  • 19 septembre 2026 : inhumée au cimetière de Montmartre, auprès de Fred Chichin, lors d’obsèques voulues dans l’intimité.

Info aux familles

Mise à jour du 21 septembre 2026 — Catherine Ringer a été inhumée au cimetière de Montmartre. La cérémonie s’est tenue le samedi 19 septembre, auprès de la tombe où Fred Chichin repose depuis 2007. Nous avions refusé de relayer cette information tant qu’elle ne reposait que sur un seul magazine ; elle est désormais établie et rapportée par franceinfo ainsi que par la reprise d’agence. Aucun membre de notre rédaction n’était présent : tout ce qui suit est rapporté d’après ces sources.

Selon elles, la famille avait souhaité des obsèques dans la stricte intimité. Le cortège a été conduit par son fils, Raoul Chichin, guitare à la main, entouré de musiciens qui ont joué plusieurs morceaux, dont Marcia Baïla. Plusieurs figures de la chanson française étaient présentes. De nombreux anonymes ont suivi la cérémonie à distance, puis sont venus fleurir la tombe une fois celle-ci achevée.

Nous avions écrit le 16 septembre que nous ne relaierions rien tant que l’information ne serait pas officielle, et nous nous y sommes tenus jusqu’au bout — y compris le jour même de la cérémonie, où elle circulait partout tout en ne reposant encore que sur une source unique. Nous la publions maintenant qu’elle est confirmée. C’est aussi une manière de dire aux familles ce que nous nous appliquons à nous-mêmes : une information répétée n’est pas une information vérifiée.

Ce décalage mérite d’être nommé, parce qu’il revient souvent et qu’il déroute les proches : annoncer une mort et annoncer une cérémonie sont deux décisions distinctes, et une famille peut parfaitement prendre la première sans prendre la seconde. Les enfants de Catherine Ringer s’étaient exprimés auprès de l’AFP pour le décès ; ils ne l’ont jamais fait pour les obsèques. Le silence sur les funérailles est une volonté, pas un oubli. Nous l’avons observé à l’inverse dans le cas de Jean-Paul Rappeneau, dont la famille avait choisi de publier un faire-part.

Cette demande d’intimité, pour une personne connue, se heurte à une limite que beaucoup de familles découvrent : on peut choisir de ne rien annoncer, on ne peut pas empêcher les gens de venir. C’est un point à anticiper avec l’opérateur funéraire et, le cas échéant, avec la commune.

Aucun registre de condoléances municipal n’a été signalé. Si une commune en ouvrait un, rappelons que ce cahier ne repose sur aucune obligation légale : c’est une initiative locale, laissée à l’appréciation du maire.

Pour les proches qui souhaitent marquer le moment sans être de la famille, le geste le plus sûr reste la note personnelle adressée directement, plutôt que la publication. Nous avons détaillé ailleurs ce que recouvre le choix d’un hommage discret.

Nos sources

Le décès a été confirmé par le communiqué des enfants de Catherine Ringer transmis à l’AFP le mardi 15 septembre 2026, repris notamment par franceinfo, la RTBF, la RTS et Radio-Canada. L’hommage d’Emmanuel Macron a été relayé par franceinfo et LCP. Les éléments de biographie ont été recoupés entre plusieurs notices de référence et la presse culturelle ; les points où les sources divergent sont signalés dans le texte. Nous n’avons repris aucun détail médical au-delà du mot employé par la famille, et aucun élément relevant de sa vie privée qu’elle n’ait elle-même rendu public.

Le déroulé des obsèques du 19 septembre 2026 est rapporté d’après franceinfo et la reprise d’agence. Nous n’avons retenu aucun détail que ces sources ne mentionnent pas, ni aucune parole de chanson. Entre le 18 et le 19 septembre, cette information ne reposait que sur un magazine unique : nous ne l’avions alors pas publiée, et l’article portait cette réserve.

Article publié le 16 septembre 2026, mis à jour le 19 puis le 21 septembre 2026.

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