Tim Curry, créateur du rôle de Frank-N-Furter dans The Rocky Horror Show, mort le 25 août 2026 à Los Angeles à 80 ans

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Tim Curry laisse un rite que des inconnus célèbrent chaque semaine depuis cinquante ans

L'acteur britannique Tim Curry est mort le 25 août 2026 à Los Angeles, à 80 ans. Le personnage qu'il a créé en 1973 dans une salle de soixante places est devenu la matrice d'une cérémonie que des inconnus rejouent en costumes, chaque semaine, depuis un demi-siècle. Ce que devient un rite quand celui qui l'a fondé meurt.

Il y a, cette semaine encore, des salles de cinéma où des gens arrivent déguisés à minuit. Ils connaissent les répliques par cœur et les crient à l’écran. Certains montent devant la toile et miment le film en même temps qu’il se déroule. Ils font cela depuis cinquante ans, dans des dizaines de pays, sans que personne ne l’ait jamais organisé. Cette semaine, ils l’ont fait pour un mort.

L’acteur britannique Tim Curry est mort le mardi 25 août 2026, à son domicile de Toluca Lake, à Los Angeles, à l’âge de 80 ans. Son agent de longue date, Marcia Hurwitz, a confirmé le décès à la presse américaine et indiqué qu’il s’était éteint paisiblement. La cause n’a pas été rendue publique. Il avait subi un accident vasculaire cérébral majeur en 2012.

Le fils de l’aumônier

Timothy James Curry naît le 19 avril 1946 à Grappenhall, dans le Cheshire, au nord-ouest de l’Angleterre. Sa mère, Maura Patricia Langmead, est secrétaire d’école. Son père, James Curry, est aumônier méthodiste de la Royal Navy — un homme dont le métier consiste, littéralement, à conduire des offices et à accompagner des mourants.

En 1958, ce père meurt d’une pneumonie. Tim a douze ans. La famille quitte le nord pour le sud de Londres, et le garçon est placé en internat, à la Kingswood School, dans le Somerset. Il a une sœur aînée, Judith, pianiste de concert, qui mourra avant lui.

On ne prêtera pas à cet enfant de douze ans des pensées qu’il n’a pas exprimées. Mais on peut noter le fait, parce qu’il est rare : l’homme qui allait fonder l’une des rares liturgies profanes de la culture populaire du vingtième siècle a grandi dans une maison où l’on célébrait des offices pour de vrai, et il a perdu très tôt celui qui les célébrait.

Il étudie le théâtre et l’anglais à l’université de Birmingham. Ses débuts professionnels se font dans la production londonienne de Hair, puis à la Royal Shakespeare Company, au Glasgow Citizens Theatre et au Royal Court.

Soixante places au-dessus d’un théâtre

C’est là que tout commence, et c’est minuscule. Le 19 juin 1973, après deux avant-premières, The Rocky Horror Show est créé au Theatre Upstairs du Royal Court, à Londres — une salle de soixante places aménagée au-dessus du théâtre principal. Musique, paroles et livret sont de Richard O’Brien ; la mise en scène est de Jim Sharman, qui a convaincu l’auteur d’abandonner son titre de travail, They Came from Denton High.

Tim Curry y crée le rôle du docteur Frank-N-Furter. Le spectacle remporte l’Evening Standard Theatre Award du meilleur musical 1973 et tiendra 2 960 représentations à Londres. Le film, The Rocky Horror Picture Show, sort en 1975 avec Curry dans le même rôle.

Il est un four commercial. Il aurait dû disparaître.

Comment un film devient une cérémonie

Ce qui se produit ensuite n’a pas d’équivalent, et n’a été décidé par personne. À partir d’avril 1976, au Waverly Theater de New York, le film est programmé aux séances de minuit. Des spectateurs commencent à répondre à l’écran. D’autres viennent déguisés en personnages. On apporte des accessoires — du riz, des journaux, des pistolets à eau — que l’on utilise à des moments précis du film. Puis apparaissent les shadow casts : des troupes qui jouent le film en silence, devant l’écran, pendant qu’il se projette.

Regardons ce que cela forme, en écartant un instant le cinéma. Il y a une date fixe et récurrente. Un lieu. Une tenue. Des gestes prescrits, exécutés au bon moment. Des paroles que l’assemblée connaît et prononce ensemble. Des nouveaux venus que l’on distingue des habitués et que l’on initie. Une transmission entre générations qui se fait par imitation, sans texte fondateur ni autorité centrale.

C’est la description d’un rite. Il s’est constitué seul, en quelques mois, autour d’un film que l’industrie avait enterré — et il fonctionne encore. Le cinquantenaire, célébré en 2025, s’est joué à guichets fermés.

Sur ce que ce rassemblement représentait pour son public, on s’en tiendra aux mots de son auteur : Richard O’Brien a expliqué avoir voulu, avec cette pièce, « donner une voix à ceux qui n’en ont pas ». C’est son analyse, elle lui appartient, et elle éclaire pourquoi des gens ont eu besoin d’un rendez-vous à eux — ce qui est, historiquement, la fonction première d’un rite.

La voix, après 2012

En juillet 2012, Tim Curry est victime d’un accident vasculaire cérébral majeur à son domicile de Los Angeles. Il en ressort partiellement paralysé, en fauteuil roulant, la parole atteinte. Suivent des mois de kinésithérapie et d’orthophonie.

Il ne se retire pas. Il abandonne la scène et les rôles physiques, et revient par la voix : en 2014, il double Auntie Whispers dans Over the Garden Wall, sur Cartoon Network, puis prête sa voix à Star Wars: The Clone Wars et à d’autres productions. Il fait des apparitions publiques en fauteuil, sans les dissimuler.

Il y a quelque chose d’exact dans cette fin de parcours. Frank-N-Furter était un rôle de corps — la démarche, le costume, la présence physique tenue à bout de bras pendant deux heures. Ce que l’AVC lui a laissé, c’est précisément l’instrument qu’il avait le plus travaillé, et le seul qui pouvait continuer sans lui demander de marcher.

Ses autres rôles avaient d’ailleurs presque tous cette signature vocale : Pennywise dans Ça (1990), Wadsworth dans Clue (1985), Rooster dans Annie (1982), Darkness dans Legend (1985). Des personnages que l’on reconnaît d’abord à l’oreille.

Ce que devient un rite quand l’officiant meurt

C’est la question que sa mort pose, et elle dépasse largement le cinéma.

Un rite tient rarement à une personne. Il tient à la répétition, à la transmission entre ceux qui le pratiquent, et à un objet commun autour duquel se rassembler. Tim Curry n’a jamais dirigé les séances de minuit ; il n’y assistait pas ; il n’a rien fondé volontairement. Il a fourni la figure autour de laquelle le rassemblement s’est organisé — ce que fait un fondateur, et cela n’exige pas qu’il soit présent.

La conséquence est que le rite ne s’arrêtera pas. Il va se modifier. Pendant quelques semaines, les séances vont s’ouvrir par un mot pour lui ; certaines troupes marqueront un temps de silence avant le générique. Puis cela se tassera, et il restera ce qui restait déjà : des gens en costume qui crient des répliques à l’image d’un homme mort.

Cette situation n’est pas si étrangère aux familles. C’est très exactement ce qui arrive après des obsèques, à l’échelle d’une maison : les gestes que quelqu’un avait installés — un plat du dimanche, une phrase, une manière de faire les choses à Noël — continuent d’être exécutés par ceux qui restent, d’abord en pensant à lui, puis simplement parce qu’on les fait. Le recul de la pratique religieuse n’a pas supprimé ce besoin de rites ; il a seulement obligé chacun à les inventer.

Ce que Tim Curry laisse est donc de nature inhabituelle. Pas un monument, pas une œuvre à conserver : une pratique vivante, exercée par des gens qui ne l’ont pas connu et qui la transmettront à d’autres qui ne l’auront pas connu non plus. C’est une forme de survie plus solide que la plupart de celles que nous fabriquons, et personne ne l’avait prévue — y compris ceux dont c’est le métier de trouver les mots pour les morts.

Repères

  • Timothy James Curry, le 19 avril 1946 à Grappenhall (Cheshire, Angleterre).
  • Mort le mardi 25 août 2026, à son domicile de Toluca Lake, Los Angeles, à 80 ans. Cause non rendue publique.
  • Famille : mère Maura Patricia Langmead, secrétaire d’école ; père James Curry, aumônier méthodiste de la Royal Navy, mort en 1958 ; une sœur aînée, Judith, pianiste de concert.
  • Formation : théâtre et anglais à l’université de Birmingham.
  • Théâtre : Hair (Londres) ; Royal Shakespeare Company ; Glasgow Citizens ; création du rôle de Frank-N-Furter dans The Rocky Horror Show, Theatre Upstairs du Royal Court, 19 juin 1973.
  • Cinéma : The Rocky Horror Picture Show (1975), Annie (1982), Clue (1985), Legend (1985), Ça (1990).
  • Après 2012 : AVC majeur en juillet ; retour par le doublage à partir de 2014 (Over the Garden Wall, Star Wars: The Clone Wars).

Info aux familles

Aucune modalité d’obsèques, de cérémonie ou de recueillement public n’a été annoncée à ce jour par la famille ou par son agent. Nous ne relayons pas d’information non confirmée sur ce point. La cause du décès n’a pas été rendue publique, et nous ne la recherchons pas.

Les autres disparitions suivies par LeFuneraire sont rassemblées dans notre fil d’actualité funéraire — parmi les plus récentes, Philippe Bouvard, mort le 24 août 2026, et le cinéaste Vincent Dieutre.

Sources : Variety, The Hollywood Reporter, NBC News, CBS News et IndieWire pour l’annonce du décès et les déclarations de son agent Marcia Hurwitz ; Royal Court Theatre (archives) et Wikipédia pour la création de 1973 ; Playbill pour les déclarations de Richard O’Brien ; Parade et HISTORY pour l’histoire des séances de minuit participatives.

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