Lourdes : le sanctuaire où l’on accompagne les malades, bien plus qu’on ne les guérit
Le pape Léon XIV rejoint ce soir le sanctuaire de Lourdes, où moins d'un miracle sur cent est officiellement reconnu depuis 1858. Ce que ce chiffre révèle, c'est que l'essentiel se joue ailleurs : dans l'accompagnement systématique des malades par l'Hospitalité Notre-Dame de Lourdes, qui existe depuis 1885.
Ce samedi 26 septembre, le pape Léon XIV quitte Paris à 17 h 45 pour Lourdes. Il y passera toute la journée de dimanche, jusqu’à la procession aux flambeaux de 21 heures. Ce que la plupart des reprises médiatiques appellent « le sanctuaire des miracles » n’en produit, statistiquement, presque aucun : sur 7 300 guérisons déclarées depuis 1858, 70 ont reçu le statut de miracle reconnu par l’Église — un peu moins de 1 %. Ce que Lourdes fait, en réalité, pour la quasi-totalité des malades qui s’y rendent, ne se mesure pas en miracles. Cela s’appelle l’Hospitalité, et cela existe depuis 1885. C’est ce que ce dossier retrace : l’histoire d’un lieu qui n’a jamais promis de guérir, et qui continue, dans une France qui déserte les églises, d’attirer plus de trois millions de personnes par an — souvent au moment où elles ont le plus besoin d’être accompagnées.
- Ce soir, le pape rejoint un pèlerinage vieux de 150 ans
- Depuis 1883, une question, une seule : est-ce vraiment inexplicable ?
- 70 miracles sur 7 300 dossiers : ce que le chiffre dit vraiment
- Ce que l’Hospitalité fait, elle, pour tous les malades
- Un pape qui titube parmi les malades : ce que 2004 a montré
- Pourquoi une France qui déserte les églises vient encore à Lourdes
- Ce que Lourdes rappelle, à l’heure de la mort
- Questions fréquentes
Ce soir, le pape rejoint un pèlerinage vieux de 150 ans
Léon XIV a atterri à Paris-Orly vendredi matin. Après l’Élysée, l’UNESCO et des vêpres à Notre-Dame, après une veillée avec des jeunes au Stade de France et une messe en plein air place de la Concorde, il quitte Paris ce samedi à 17 h 45 pour le sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes, dans les Hautes-Pyrénées.
Dimanche, il y passera la journée entière : rencontre avec les évêques de France le matin, messe dominicale dans la prairie du sanctuaire à 11 heures, rencontre avec l’Accueil Notre-Dame — la structure qui héberge et soigne les pèlerins malades — à 15 h 30, un temps privé avec des moniales contemplatives du Carmel, puis, à 21 heures, la prière du chapelet et la procession aux flambeaux. Lundi, il repart pour Metz avant de regagner Rome.
Aucune étape de ce programme n’est présentée comme une cérémonie funéraire ou mémorielle. Mais Lourdes n’a pas besoin d’un rite explicite pour être, depuis un siècle et demi, l’un des rares lieux de France où la maladie grave et la mort proche se disent en public, collectivement, sans détour.
Depuis 1883, une question, une seule : est-ce vraiment inexplicable ?
Ce que peu de pèlerins savent, c’est que Lourdes s’est doté très tôt d’un appareil d’examen médical extrêmement rigoureux — à rebours de l’image d’un lieu qui vivrait de crédulité. Le Bureau des constatations médicales a été fondé en 1883 par le docteur Georges-Fernand Dunot de Saint-Maclou, à la demande du père Rémi Sempé, premier recteur du sanctuaire, pour rendre permanente une activité de vérification qu’il menait déjà ponctuellement depuis 1879. Ses procédures ont été approuvées par le pape Léon XIII en personne, en 1886.
Le Bureau fonctionne à deux niveaux. Un médecin en exercice — aujourd’hui le docteur Alessandro de Franciscis, quinzième président depuis 2009 — reçoit les déclarations de guérison et effectue un premier travail critique. Si un dossier paraît sérieux, il convoque une réunion clinique ouverte à tous les soignants présents à Lourdes ce jour-là, quelle que soit leur croyance. Deux structures complètent ce dispositif : l’Association médicale internationale de Lourdes (fondée en 1925, internationale à partir de 1928) et le Comité médical international de Lourdes (créé en 1947, une trentaine de membres), chargé de certifier qu’un cas reste « inexpliqué dans l’état actuel des connaissances scientifiques » — ce qui est déjà, pour l’Église elle-même, une catégorie distincte du miracle.
70 miracles sur 7 300 dossiers : ce que le chiffre dit vraiment
C’est là que le chiffre prend son sens. Depuis 1858, près de 7 300 guérisons ont été déclarées et enregistrées au Bureau médical. Environ 200 d’entre elles ont été certifiées médicalement inexplicables par le comité international. Et sur ce nombre déjà restreint, 70 ont franchi l’étape suivante — la reconnaissance canonique par l’évêque du lieu où vivait la personne guérie — entre 1858 et le 26 janvier 2020. Un 71ᵉ cas a été reconnu en 2021 : celui de John Traynor, un ancien soldat britannique guéri près d’un siècle plus tôt.
Un peu moins de 1 % des dossiers déposés aboutissent donc à un miracle officiellement déclaré. Ce n’est pas un aveu d’échec du sanctuaire : c’est la conséquence directe d’un système qui, depuis 1883, ne cherche pas à produire des miracles, mais à ne pas s’en attribuer à la légère. Le paradoxe, documenté par ces chiffres eux-mêmes, est que Lourdes continue d’attirer des malades en nombre alors que la probabilité statistique d’une guérison reconnue y est quasi nulle. Cela signifie que l’immense majorité des trois millions de pèlerins annuels n’y viennent pas pour ce résultat-là.
Ce que l’Hospitalité fait, elle, pour tous les malades
Ce que Lourdes garantit à cent pour cent des malades qui s’y rendent, en revanche, porte un autre nom : l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes, fondée en 1885 par Mgr Billère, évêque de Tarbes, en s’inspirant des ordres hospitaliers historiques. Devenue archiconfrérie en 1928, puis association loi de 1901, elle rassemble aujourd’hui des bénévoles — hospitaliers et brancardiers — venus de nombreux pays, dont la mission reste celle fixée à l’origine : « accueillir et accompagner des milliers de pèlerins, tout spécialement des malades ou handicapés ».
Concrètement, cela veut dire des trains et convois spécialement affrétés depuis les diocèses de France, des équipes qui portent, lavent, nourrissent, accompagnent aux piscines et aux offices des personnes que leur état ne laisserait sinon jamais quitter un lit d’hôpital ou d’Ehpad. Aucun de ces gestes n’attend une guérison en échange. C’est une différence essentielle avec l’image médiatique du « sanctuaire des miracles » : l’accompagnement, lui, ne connaît pas de taux d’échec.

Un pape qui titube parmi les malades : ce que 2004 a montré
Léon XIV n’est pas le premier pape à venir chercher, à Lourdes, autre chose qu’un miracle. Jean-Paul II s’y est rendu deux fois : en août 1983, puis les 14 et 15 août 2004, pour les 150 ans du dogme de l’Immaculée Conception. Ce second voyage reste, aujourd’hui encore, le dernier déplacement de Jean-Paul II hors d’Italie avant sa mort, huit mois plus tard.
En 2004, la maladie de Parkinson avait déjà considérablement affaibli le pape. Il a néanmoins prononcé son homélie, en supprimant lui-même des passages pour ménager sa voix et permettre à chacun d’entendre ses derniers mots. Selon le récit qu’en a fait Mgr Jacques Perrier, alors évêque de Tarbes-Lourdes, le moment le plus marquant du séjour n’a pas été un discours mais un silence : la prière solitaire de Jean-Paul II devant la grotte, juste avant son départ, retransmise sur les écrans du sanctuaire. Toute l’assistance s’est tue, y compris — selon ce même témoignage — les journalistes présents dans la salle de presse.
Un pape visiblement malade, priant en silence parmi des malades venus chercher la même chose que lui : non pas être guéri, mais ne pas traverser seul ce qui s’annonçait. C’est cette scène, plus que n’importe quelle statistique, qui dit ce que Lourdes représente réellement dans l’imaginaire catholique — un lieu où la fragilité du corps se montre sans honte, jusqu’au sommet de la hiérarchie de l’Église.
Pourquoi une France qui déserte les églises vient encore à Lourdes
Le paradoxe ne s’arrête pas aux chiffres du Bureau médical. La pratique religieuse recule sans discontinuer en France depuis des décennies — LeFuneraire l’a déjà documenté : à peine 49 % des Français souhaitent encore une cérémonie religieuse pour leurs propres obsèques, contre 63 % en 2005 (notre enquête sur la sécularisation des rites funéraires). Et pourtant, le sanctuaire de Lourdes revendiquait plus de 3,2 millions de pèlerins en 2024, selon David Torchala, responsable de la communication du sanctuaire — un chiffre stable, quand la fréquentation des paroisses ordinaires continue de s’effriter.
Ce n’est pas nécessairement une contradiction. Une France qui ne va plus à la messe le dimanche n’a pas pour autant cessé de chercher un endroit où poser, collectivement, la question de la maladie grave et de la mort proche — une question que le quotidien laïc, lui, n’offre presque aucun espace rituel pour formuler. Lourdes n’exige pas la pratique régulière : l’Hospitalité accueille des malades croyants, peu croyants, ou venus sans conviction particulière, sur la seule base d’un besoin — celui de ne pas être seul face à ce qui arrive.
Ce que disent les chiffres
- 1858 : première apparition mariale rapportée par Bernadette Soubirous à la grotte de Massabielle.
- 1883 / 1886 : fondation du Bureau des constatations médicales ; procédures approuvées par Léon XIII.
- 1885 : fondation de l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes par Mgr Billère.
- ~7 300 guérisons déclarées et enregistrées depuis 1858.
- ~200 certifiées médicalement inexplicables par le Comité médical international.
- 70 reconnues miracles par l’Église entre 1858 et janvier 2020 ; un 71ᵉ cas en 2021.
- < 1 % : part des dossiers déposés qui aboutissent à un miracle officiellement déclaré.
- 3,2 millions de pèlerins accueillis à Lourdes en 2024 (source : sanctuaire).
- 49 % des Français souhaitent encore une cérémonie religieuse pour leurs obsèques, contre 63 % en 2005 (Crédoc-CSNAF).
Ce que Lourdes rappelle, à l’heure de la mort
LeFuneraire n’a pas vocation à commenter la foi de qui que ce soit, ni à trancher si les guérisons inexpliquées de Lourdes relèvent du miracle ou de mécanismes que la médecine ne sait pas encore nommer. Mais un fait, documenté depuis 1883 par l’institution elle-même, mérite d’être connu au moment où un pape s’y rend de nouveau : ce lieu n’a jamais fondé sa raison d’être sur la promesse de guérir. Il l’a fondée sur la présence organisée, gratuite et sans condition, aux côtés de ceux pour qui la guérison n’arrivera probablement pas. C’est une leçon qui dépasse le cadre religieux : elle rejoint ce que toute famille confrontée à une maladie grave ou à une fin de vie découvre tôt ou tard — que l’accompagnement compte, indépendamment de l’issue.
Questions fréquentes
Peut-on envoyer un proche malade à Lourdes, même sans grande pratique religieuse ?
Oui. L’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes et les pèlerinages diocésains accueillent les malades sur la base du besoin d’accompagnement, pas d’un niveau de pratique religieuse. Le premier contact se fait auprès du service de pastorale de la santé du diocèse, ou directement auprès de l’Hospitalité.
Faut-il être catholique pratiquant pour participer à un pèlerinage à Lourdes ?
Non. Les convois de malades sont accompagnés par des bénévoles de toutes sensibilités, et le sanctuaire accueille des personnes non croyantes ou d’autres confessions, notamment lors des grands rassemblements.
Qu’est-ce qu’un hospitalier ou un brancardier à Lourdes ?
Ce sont des bénévoles membres de l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes, formés pour accompagner, porter, aider aux soins quotidiens et à la participation aux offices des pèlerins malades ou handicapés pendant leur séjour.
Combien de guérisons sont reconnues comme miracles chaque année ?
Très peu : 71 cas ont été officiellement reconnus miraculeux depuis 1858, soit un peu moins d’un par an en moyenne sur cent soixante-huit ans, pour près de 7 300 guérisons déclarées.
Que se passe-t-il pendant la procession aux flambeaux ?
C’est une prière du chapelet suivie d’une procession mariale aux flambeaux, l’un des rites les plus anciens et les plus suivis du sanctuaire, organisée chaque soir en saison et pour les grands événements comme la visite pontificale de ce week-end.
Nos sources
- Sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes — pages officielles sur le Bureau des constatations médicales et les miracles reconnus (lourdes-france.com).
- Hospitalité Notre-Dame de Lourdes — page « Histoire » (hospitalite-nd-lourdes.com).
- Wikipédia, article « Guérisons de Lourdes » (chiffres 70/71 miracles, ~7 300 dossiers, consulté le 26/09/2026).
- Église catholique en France — page consacrée à Jean-Paul II à Lourdes (eglise.catholique.fr), pour le récit de Mgr Jacques Perrier et le contexte du voyage de 2004.
- France Bleu — interview de David Torchala, sanctuaire de Lourdes, sur la fréquentation 2024.
- Vatican News et pape-france.fr — programme officiel du voyage apostolique de Léon XIV en France (25-28 septembre 2026).
- Point non vérifié en primaire : l’ampleur de l’affluence attendue pour cette visite précise de Léon XIV n’était pas encore connue au moment de la rédaction ; ce dossier ne l’anticipe pas.
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