Philippe Bouvard, journaliste et créateur des Grosses Têtes, mort le 24 août 2026 à Cannes à 96 ans

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Philippe Bouvard s’était moqué d’avance des hommages qu’on lui rend

Philippe Bouvard est mort le 24 août 2026 à son domicile de Cannes, à 96 ans. Dix-sept ans plus tôt, il avait publié un livre entier sur ses propres funérailles, où il moquait d'avance « le monument de bêtises qu'on édifie à chaque fin d'existence ». Ses obsèques auront lieu le 31 août à Cannes.

Philippe Bouvard est mort lundi 24 août 2026 au matin, à son domicile de Cannes, à l’âge de 96 ans. Son épouse l’a annoncé à RTL — la station où il avait créé « Les Grosses Têtes » en 1977, et où il aura passé l’essentiel de sa vie d’homme de radio. Dix-sept ans plus tôt, il avait publié un livre entier consacré à ses propres funérailles.

Il avait prévenu

En 2009, à quatre-vingts ans, Philippe Bouvard fait paraître chez Flammarion Je suis mort, et alors ?. Le narrateur, c’est lui. Il est mort. Il raconte sa première année d’éternité : la cérémonie, les premiers jours dans le cercueil, les voisins de caveau. Le livre s’ouvre sur quatre mots — « Je suis mort hier. » — puis l’auteur dit avoir déjà mesuré « le monument de bêtises qu’on édifie à chaque fin d’existence ». Et il précise aussitôt : « Moi, le premier. »

Un média funéraire ne peut pas ouvrir un hommage à Philippe Bouvard sans citer cette phrase, parce qu’elle nous est adressée. Il savait exactement ce qui se produirait la semaine de sa mort : les mêmes archives sur toutes les antennes, les mêmes superlatifs, la même émotion appliquée. Il avait pris seize ans d’avance pour s’en moquer, ce qui reste la manière la plus sûre d’avoir le dernier mot.

Alors tenons-nous-en aux faits. Ils suffisent largement.

Le garçon de courses

Il naît le 6 décembre 1929 à Coulommiers, en Seine-et-Marne. Fils unique. Son père biologique, Marcel Bouvard, quitte le foyer au moment de sa naissance ; il fera carrière ailleurs et mourra à Casablanca en 1972. C’est sa mère, Andrée Gensburger, opticienne, qui l’élève. En 1939, elle se remarie à Paris avec Jules Luzzato, tailleur pour hommes ; Philippe a neuf ans, et cet homme devient son père adoptif. Ces éléments sont établis par les travaux généalogiques consacrés à sa famille, notamment ceux de Jean-Louis Beaucarnot dans La Revue française de Généalogie.

En 1952, il entre au Figaro. Pas par la rédaction : comme garçon de courses, après un bref passage par le Centre de formation des journalistes. Il en montera tous les échelons, signera la chronique mondaine, deviendra directeur des services parisiens. En 1973, il part pour France-Soir, où sa chronique s’affichera des années durant à la une.

Cette trajectoire dit quelque chose d’un métier et d’un moment. On pouvait alors entrer dans un grand quotidien par la porte de service et finir en première page. Le journalisme se transmettait dans les couloirs autant que dans les écoles. Bouvard aura été l’un des derniers à faire ce chemin en entier, et il n’a jamais cessé de rappeler par où il avait commencé.

Une façon d’écouter la radio

Il est à RTL depuis les années 1960 quand il lance, en 1977, l’émission qui portera son empreinte bien après lui. « Les Grosses Têtes » n’était pas un jeu de culture générale : c’était un salon, où des invités récurrents se coupaient la parole autour d’un homme qui tenait la barre sans élever la voix. L’émission est devenue l’une des plus écoutées de France, et elle a installé un format — la bande, l’habitude, le rendez-vous quotidien — dont vit encore une bonne part de la radio française.

À la télévision, « Le Petit Théâtre de Bouvard », diffusé sur Antenne 2 dans les années 1980, a fait sortir de l’ombre une génération entière d’humoristes. Beaucoup de ceux qui ont fait rire la France pendant trente ans y ont eu leur première minute d’antenne.

En septembre 2014, après trente-sept ans à la tête des « Grosses Têtes », il cède la place à Laurent Ruquier. Il a alors quatre-vingt-quatre ans. Ruquier, cette semaine, a parlé de lui comme d’« un exemple et un modèle ».

Il continuera d’écrire. Soixante-neuf livres au total, selon le décompte établi par ActuaLitté : chroniques, aphorismes, journaux. En 2017 paraît Mes dernières pensées sont pour vous, mille trois pensées rangées par thèmes — l’amour, l’argent, la presse, la politique, la vieillesse, la mort. Chez lui, écrire n’était pas un supplément à la radio ; c’était le travail de fond, dont la radio était l’annexe bruyante.

Un baptême en 1953, une église en 2026

Le 31 octobre 1953, au Vésinet, il épouse Colette Sauvage. Ils resteront mariés soixante-dix ans, jusqu’à lundi. Deux filles naîtront de ce mariage : Dominique, un an après les noces, puis Nathalie, en 1964.

Pour se marier, Philippe Bouvard s’était fait baptiser. Sa femme venait d’une famille catholique et souhaitait une cérémonie religieuse ; lui, élevé par une mère juive d’origine alsacienne, se définissait comme agnostique. Il a longtemps gardé ce détour pour lui, avant d’en parler plus librement dans les dernières décennies de sa vie.

Ses obsèques auront lieu lundi 31 août à quinze heures, en l’église Notre-Dame-de-Bon-Voyage, à Cannes : l’information a été donnée à l’AFP par la municipalité. Soit, à soixante-treize ans de distance, le même sacrement pour se marier et pour partir.

Il y a là de quoi ironiser, et il en aurait probablement eu l’occasion le premier. Mais c’est aussi, très exactement, ce que sont des obsèques réelles : presque jamais l’application d’une doctrine, presque toujours un arrangement entre ce qu’on croyait, ce qu’on avait promis et ce que les vivants peuvent porter. La baisse de la pratique religieuse n’a pas fait disparaître les cérémonies ; elle a rendu chaque famille responsable de leur contenu.

Parler de sa mort n’est pas laisser d’instructions

Il reste, pour nous, une question de métier. Philippe Bouvard a consacré deux livres à sa propre fin. Il a dit, publiquement et longuement, ce qu’il pensait des enterrements, des discours et des larmes de circonstance. Peu de gens auront autant parlé de leur mort de leur vivant.

Cela ne constitue pas pour autant des dernières volontés. La loi française protège la volonté du défunt à une condition précise : que quelqu’un la connaisse — et un livre publié n’est pas un document funéraire. Un aphorisme sur les voisins de caveau ne dit ni le lieu, ni la forme, ni ce qu’on veut entendre. C’est le paradoxe des grands parleurs : ils ont tout dit, et il reste souvent à leur famille de tout décider.

La remarque vaut au-delà de son cas. Écrire qu’on ne veut « ni fleurs ni couronnes » dans un livre, un carnet ou un message n’a d’effet que si le texte est retrouvé à temps par ceux qui organisent. Ce sont deux gestes distincts : parler de sa mort, et laisser des instructions.

Ce qu’il laisse

Une émission qui lui survit depuis douze ans, ce qui est rare. Une génération d’humoristes qu’il a fait passer à l’antenne. Une bibliothèque de soixante-neuf titres. Et une phrase qu’il répétait volontiers, qui dit assez bien ce qu’il estimait devoir au public : « Le rire devrait être remboursé par la Sécurité sociale. »

David Lisnard, maire de Cannes, a salué « l’une des plus grandes voix » de France. Les hommages ont été nombreux depuis lundi, dans la presse et sur les antennes, et Bouvard les avait décrits d’avance sans se tromper beaucoup. Mais il y a une différence entre le monument de circonstance et le simple fait de nommer ce qu’une vie a produit. C’est la difficulté que rencontre, à une tout autre échelle, chaque proche à qui l’on demande de parler à des obsèques : trouver la mesure entre le silence et l’excès.

Il aura eu quatre-vingt-seize ans, soixante-dix ans de mariage, deux filles, un métier tenu jusqu’au bout et un rendez-vous quotidien avec des millions de gens pendant trente-sept ans. Il n’y a rien à ajouter à cela — et c’est très précisément ce qu’il demandait.

Repères

  • le 6 décembre 1929 à Coulommiers (Seine-et-Marne).
  • Mort le lundi 24 août 2026, à son domicile de Cannes (Alpes-Maritimes), à 96 ans.
  • Presse écrite : Le Figaro à partir de 1952 (garçon de courses, puis chroniqueur et directeur des services parisiens) ; France-Soir à partir de 1973.
  • Radio : RTL à partir des années 1960 ; création des « Grosses Têtes » en 1977 ; départ de l’émission en septembre 2014, après 37 ans.
  • Télévision : « Le Petit Théâtre de Bouvard » sur Antenne 2, dans les années 1980.
  • Livres : 69 titres, dont Je suis mort, et alors ? (Flammarion, 2009) et Mes dernières pensées sont pour vous (Flammarion, 2017).
  • Famille : marié à Colette Sauvage le 31 octobre 1953 au Vésinet ; deux filles, Dominique et Nathalie.

Info aux familles

Les obsèques de Philippe Bouvard auront lieu le lundi 31 août 2026, à 15 heures, en l’église Notre-Dame-de-Bon-Voyage, à Cannes (Alpes-Maritimes). L’information a été communiquée à l’AFP par la municipalité de Cannes. À ce jour, aucune indication n’a été rendue publique concernant le lieu d’inhumation, ni d’éventuels dons en mémoire du défunt.

Les autres disparitions suivies par LeFuneraire sont rassemblées dans notre fil d’actualité funéraire — parmi les plus récentes, l’actrice Dominique Frot, morte le 7 août 2026.

Sources : franceinfo et RTL pour l’annonce du décès ; Le Journal du Dimanche, L’Avenir et Le Petit Journal pour le parcours et les hommages ; ActuaLitté pour l’œuvre écrite ; La Revue française de Généalogie pour les éléments familiaux ; dépêche AFP pour les obsèques.

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