Allée du cimetière du Père-Lachaise à Paris, lieu de sépulture de Jim Morrison

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Jim Morrison au Père-Lachaise : ce que nous dit une tombe devenue lieu de pèlerinage

Cinquante-cinq ans après sa mort à Paris, la tombe de Jim Morrison reste l'une des plus visitées du Père-Lachaise. Ce que ce pèlerinage dit de notre besoin d'un lieu où se souvenir.

Au cimetière du Père-Lachaise, dans la sixième division, une dalle de granite ne désemplit jamais. Des fleurs fraîches y côtoient des lettres, des billets glissés entre les graviers, parfois un objet laissé par un inconnu de passage. C’est la tombe de Jim Morrison, chanteur du groupe The Doors, mort à Paris il y a cinquante-cinq ans. Le 3 juillet 1971, on le retrouve sans vie dans un appartement de la capitale, à vingt-sept ans, dans des circonstances qui n’ont jamais été totalement élucidées. Depuis, sa sépulture est devenue l’une des plus visitées au monde.

Une sépulture devenue lieu de culte

Le Père-Lachaise accueille plus de deux millions de visiteurs chaque année. Parmi ses quelque 70 000 tombes, quelques-unes seulement concentrent les pèlerinages — et celle de Morrison en est le cas le plus spectaculaire. Sa pierre a longtemps porté une inscription en grec ancien, ΚΑΤΑ ΤΟΝ ΔΑΙΜΟΝΑ ΕΑΥΤΟΥ, dont la traduction reste discutée, souvent rendue par « fidèle à son propre esprit ». Pour le dixième anniversaire de sa mort, un buste du chanteur y fut ajouté par un sculpteur croate. Les visiteurs, eux, ne se sont jamais lassés du chemin.

Morrison n’est pas seul à provoquer ce mouvement. Quelques allées plus loin, le sphinx qui veille sur la tombe d’Oscar Wilde fut longtemps couvert de traces de rouge à lèvres. Frédéric Chopin repose ici aussi — son cœur, lui, est resté en Pologne. Édith Piaf a ses fidèles. Chaque cimetière un peu ancien a ainsi ses tombes-aimants, vers lesquelles on marche sans toujours savoir pourquoi.

Pourquoi vient-on sur la tombe d’un inconnu ?

Aucun de ces visiteurs n’a connu le défunt. Ils viennent pourtant. C’est que la tombe offre ce qu’un disque écouté chez soi ne donne pas : un lieu, une adresse, un point fixe où l’on peut déposer quelque chose — une fleur, un mot, un silence. Le pèlerinage funéraire n’a rien de nouveau : on marchait déjà vers les tombeaux des saints. Ce qui a changé, c’est l’objet du recueillement. Nous nous rassemblons aujourd’hui autour de figures culturelles, comme Coluche ou Brigitte Bardot, que le pays continue de pleurer comme des proches.

Ce besoin d’un lieu — même pour un mort qu’on n’a jamais croisé — dit quelque chose de notre rapport au deuil. On peut se souvenir partout ; on préfère pourtant un endroit. C’est vrai des célébrités ; c’est vrai, plus intimement, de nos propres défunts. La sépulture, la plaque gravée, et aujourd’hui l’espace mémoriel en ligne répondent tous à la même exigence : fixer le souvenir quelque part, lui donner une forme et une adresse.

Cinquante-cinq ans après, la tombe de Jim Morrison rappelle une évidence simple : un mort continue d’exister aussi longtemps qu’on lui rend visite. C’est peut-être la définition la plus juste de la mémoire — non pas un souvenir gardé pour soi, mais un chemin que l’on refait, ensemble, vers un nom gravé dans la pierre.

Repères

  • James Douglas « Jim » Morrison, né en 1943, chanteur du groupe américain The Doors.
  • Mort à Paris le 3 juillet 1971, à l’âge de 27 ans.
  • Inhumé au cimetière du Père-Lachaise (6e division), à Paris.
  • Sa tombe est l’une des plus visitées d’un cimetière qui accueille plus de deux millions de visiteurs par an.
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