Mort de Frank Michael, le crooner qui chantait l’amour, à 79 ans
Le chanteur belgo-italien Frank Michael, interprète de « Toutes les femmes sont belles », s'est éteint le 12 juin 2026 à 79 ans. Retour sur la carrière d'un crooner resté fidèle à son public.
À la fin de chacun de ses concerts, Frank Michael épongeait son front avec un foulard. Pas le sien : celui d’une spectatrice, prêté le temps d’une chanson, qu’il rendait ensuite à sa propriétaire. Le geste disait tout d’un artiste qui n’a jamais cherché à mettre de distance entre lui et la salle. Pendant plus de quarante ans, le crooner belgo-italien a chanté l’amour à un public qui le lui a rendu, fidèlement, jusqu’au bout. Il s’est éteint le 12 juin 2026, à l’âge de 79 ans, des suites d’un cancer du poumon, comme l’a annoncé sa fille unique, Sandra Gabelli.
Le chanteur de ces dames
On l’appelait « le chanteur de charme », et l’expression, pour une fois, n’était pas galvaudée. Voix chaude, refrains tournés vers le sentiment, yeux clairs : Frank Michael avait construit, à l’écart des modes, un répertoire presque entièrement consacré à l’amour. Les chansons sentimentales en représentaient l’écrasante majorité, et son public, très largement féminin, lui témoignait un attachement profond. Discret dans les médias, il aura tout de même vendu plus de quinze millions de disques, décroché des dizaines de disques d’or et rempli la salle de l’Olympia à vingt-deux reprises.
Il revendiquait cette simplicité comme une ligne de conduite plus que comme une stratégie. « Je chante l’amour, l’amitié, des choses gaies en général », résumait-il. Une formule modeste, qui dit pourtant l’essentiel d’une carrière bâtie sur la constance plutôt que sur le coup d’éclat.
Un homme resté simple
Ceux qui l’ont côtoyé décrivent un homme réservé, un peu timide, peu enclin à la colère — il disait se mettre vraiment en colère à peine une fois tous les dix ans, et seulement pour quelque chose de grave. Croyant, attaché aux siens, il parlait de son père, mineur, avec une tendresse intacte : « Mon papa, c’était mon dieu », confiait-il. De cette enfance ouvrière, il avait gardé le goût des choses sûres et le sens de la fidélité.
Sa relation à son public tenait moins de la star à ses fans que du lien personnel. Il recevait, selon Libération en 2004, jusqu’à trente mille lettres par semaine — des récits de vie, de joies et de peines. « Je suis un confident », disait-il pour décrire ce rôle qu’il prenait au sérieux. Le foulard tendu depuis la salle, les conversations entamées sur scène entre deux chansons : tout, chez lui, ramenait à cette proximité.
À 20 ans, j’étais déjà romantique et je le suis toujours.
La confidence, livrée à France Info en 2013, pourrait servir d’épitaphe à sa carrière. Frank Michael n’a pas changé de cap : il a creusé le même sillon, album après album, en y glissant parfois deux ou trois titres d’une autre couleur, sans jamais trahir ce que son public attendait de lui.
De Parme à Seraing, une trajectoire de patience
Né en 1947 à Parme, en Émilie-Romagne, Franco Gabelli — son nom de naissance — est fils unique. Sa famille quitte l’Italie pour la Wallonie alors qu’il est encore enfant et s’installe à Seraing, dans la région de Liège. C’est là qu’il grandit, et c’est là qu’il restera attaché toute sa vie. « Mon port d’attache, c’est ici », dira-t-il du bassin sérésien, où il a toujours vécu, ne s’accordant qu’une ou deux escapades par an sur les bords du lac de Garde.
L’adolescent tombe amoureux de la musique américaine : Frank Sinatra, Dean Martin, et surtout Elvis Presley. C’est le King qui lui donne l’envie de chanter. À ses débuts, le jeune homme l’imite, adapte ses classiques en français, endosse le costume blanc. Mais la passion ne nourrit pas son homme : faute de percée, il se résout d’abord à devenir technicien en électronique.
Le tournant vient en 1974 avec un premier 45 tours, Je ne peux vivre sans toi. La carrière est lancée. Épaulé par son fidèle parolier Michel Mallory, Frank Michael installe peu à peu son style, quelque part entre la veine d’un Mike Brant et celle d’un Frédéric François. En 1997, Toutes les femmes sont belles devient son plus grand succès populaire, écoulé à des centaines de milliers d’exemplaires de part et d’autre de la frontière franco-belge.
Boudé par les médias, porté par les siens
Le paradoxe de Frank Michael tient en peu de mots : immense succès de salles, reconnaissance médiatique en pointillé. La télévision française, en particulier, l’a longtemps tenu à distance — on raconte qu’il fut un jour coupé au montage d’une émission, jugé « trop gentil ». Il ne manquait pourtant pas de soutiens, et non des moindres : Johnny Hallyday, qui lui a écrit une chanson, comptait parmi ses défenseurs.
En 2003, il s’offre un rêve d’enfance : enregistrer un album de reprises d’Elvis Presley à Nashville, avec les musiciens du King. Thank you Elvis sera suivi de concerts à l’Olympia et à Forest National. Sa popularité dépassait largement nos frontières : ses chansons ont été reprises et adaptées à l’étranger, notamment en Allemagne et en Italie. Officier de l’Ordre de la Couronne, il aura tenu la scène jusqu’à récemment, multipliant les galas année après année.
Ce qu’il laisse
Frank Michael n’avait jamais cessé de chanter. Son dernier album studio, Je vous aime toutes, est paru en 2022, et il donnait encore des concerts ces derniers mois, dans le cadre d’une tournée présentée comme celle des adieux. Il laisse une compagne, Christelle, qu’il décrivait comme « son épaule », et sa fille Sandra.
Reste surtout une œuvre populaire au sens le plus noble du terme : des chansons que des familles entières ont écoutées, dansées, fredonnées aux mariages et aux fêtes, sans souci des hiérarchies du goût. « Ce sont des chansons qui font rêver, tout simplement », disait-il. C’est peut-être là sa plus juste définition — celle d’un homme qui aura mis sa voix au service de ce sentiment simple, et qui aura tenu parole jusqu’à la fin.
Repères
- Nom : Frank Michael, de son vrai nom Franco Gabelli
- Naissance : 1947, à Parme (Italie)
- Décès : 12 juin 2026, à 79 ans, des suites d’un cancer du poumon
- Enfance : installé avec sa famille à Seraing, en Wallonie
- Débuts : carrière lancée en 1974 avec Je ne peux vivre sans toi
- Succès : plus de 15 millions de disques vendus, vingt-deux passages à l’Olympia
- Titre emblématique : Toutes les femmes sont belles (1997)
- Distinction : Officier de l’Ordre de la Couronne
- Dernier album studio : Je vous aime toutes (2022)
Info aux familles
Au moment de la publication de cet hommage, les modalités des obsèques n’ont pas été rendues publiques par la famille. Les personnes souhaitant adresser un message de condoléances peuvent se référer à notre guide des mots et gestes de condoléances. Pour rendre un hommage durable à un proche disparu, l’espace d’avis de décès et d’hommages de lefuneraire.com permet de réunir souvenirs et messages au sein d’un espace mémorial en ligne. Retrouvez l’ensemble de nos publications dans la rubrique Actualités funéraires.
Créez la plaque de votre proche
Configurateur en ligne, BAT offert sous 24h, livraison gratuite dès 69 €.



