Illustration à l'aquarelle de Jean-Paul Huchon, mains jointes, entouré de vues de l'Île-de-France : RER, gare, Seine, Paris et la carte de la région

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Actualités funéraires

Jean-Paul Huchon, l’homme qui a relié l’Île-de-France

Jean-Paul Huchon est mort dans la nuit du 22 au 23 octobre 2026, à 80 ans, des suites d'un cancer. Bras droit de Michel Rocard puis président de la région Île-de-France pendant dix-sept ans, il laisse aux Franciliens un objet du quotidien : le passe Navigo à tarif unique.

Jean-Paul Huchon est mort dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 octobre 2026, à l’âge de 80 ans, des suites d’un cancer, a annoncé l’un de ses fils à l’AFP. Directeur de cabinet de Michel Rocard à Matignon, maire de Conflans-Sainte-Honorine, puis président du conseil régional d’Île-de-France de 1998 à 2015, il fut l’un de ces hommes de l’ombre devenus, sans bruit, des bâtisseurs du quotidien.

Ce vendredi matin, comme chaque jour, des millions de Franciliens ont passé une carte Navigo devant un portique. Que l’on monte dans le RER à Melun, à Cergy ou à Châtelet, l’abonnement coûte le même prix. Peu de voyageurs savent à qui ils doivent ce geste devenu banal. C’est pourtant, de l’aveu de ses amis comme de ses adversaires, l’héritage le plus tangible de Jean-Paul Huchon : le passe Navigo à tarif unique, mis en place sous sa présidence pour, selon les mots du Parti socialiste, « réunir une région traversée par de profondes inégalités ».

Un serviteur de l’État dans le sillage de Michel Rocard

Né à Paris en 1946, diplômé de Sciences Po puis de l’ENA, Jean-Paul Huchon entre en 1971 à la direction du Budget, au ministère des Finances. Ce sont les années où une génération de hauts fonctionnaires formés après-guerre s’engage dans la « deuxième gauche », plus gestionnaire que doctrinaire. Il milite d’abord au PSU, puis rejoint le Parti socialiste ; il y suivra toute sa vie la même boussole : Michel Rocard.

Le compagnonnage commence à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, où il devient en 1977 adjoint au maire, Michel Rocard. Lorsque la gauche arrive au pouvoir en 1981, il le suit au ministère du Plan puis à l’Agriculture, comme directeur de cabinet. En 1985, il prend la direction générale de la Caisse nationale du Crédit agricole — poste dont il est écarté l’année suivante par le nouveau ministre de l’Économie et des Finances, Édouard Balladur, lui-même disparu fin août dernier. Les deux hommes, que tout opposait en 1986, se seront éteints à deux mois d’intervalle.

De 1988 à 1991, il dirige le cabinet de Michel Rocard à Matignon. Le Parti socialiste rappelle qu’il fut alors l’une des « chevilles ouvrières » du revenu minimum d’insertion (RMI), de la contribution sociale généralisée (CSG) et des accords de Matignon sur la Nouvelle-Calédonie. Trois chantiers très différents, qui ont en commun de toucher à la vie concrète des gens bien plus qu’aux joutes de tribune. On y reconnaît déjà le tempérament que lui prêteront tous ceux qui l’ont côtoyé : celui d’un négociateur, réputé fin tacticien, plus à l’aise dans la recherche du compromis que dans l’affrontement.

En 1994, il succède à son mentor à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine, qu’il conserve jusqu’en 2001. Il devient aussi, brièvement, le numéro deux du Parti socialiste lorsque Michel Rocard en prend la tête.

Dix-sept ans à la tête de la première région de France

En 1998, tête de liste socialiste dans les Yvelines, il est élu président du conseil régional d’Île-de-France. Le premier mandat est fragile : sa majorité n’est que relative, face à la droite et au Front national. En 2001, pour respecter la règle de non-cumul des exécutifs, il renonce à sa mairie et redevient simple adjoint à Conflans. Il sera réélu à la tête de la région en 2004, puis en 2010, face à Valérie Pécresse.

C’est dans les transports que son action laisse la trace la plus profonde. Ses soutiens rappellent qu’il a obtenu la décentralisation du STIF — l’autorité des transports franciliens, aujourd’hui Île-de-France Mobilités — et qu’il fut l’un des initiateurs du Grand Paris Express, ce réseau de métro automatique destiné à relier les banlieues entre elles sans passer par Paris. Le projet a fait l’objet d’un long bras de fer avec l’État, conclu par un accord le 26 janvier 2011. Une quinzaine d’années plus tard, les chantiers sont toujours en cours : il n’en verra pas l’achèvement, mais des générations de Franciliens les emprunteront.

Cette œuvre dit quelque chose d’une époque. Lorsqu’il arrive à la région, l’Île-de-France est encore pensée en étoile : tout converge vers Paris, et le prix du transport augmente avec la distance au centre. Un salarié de grande couronne paie davantage, et plus longtemps, pour aller travailler. Unifier le tarif, relier les banlieues entre elles : c’était faire de la carte de transport un outil d’égalité territoriale. La décentralisation, qui transférait aux régions des compétences jusque-là exercées par l’État, lui en donnait les moyens. Nadège Azzaz, maire socialiste, salue ainsi « un infatigable président de région » qui a fait entrer l’Île-de-France dans cette ère nouvelle.

Le temps des épreuves

Le parcours n’a pas été sans ombres, et la mémoire n’a de valeur que si elle est exacte. Jean-Paul Huchon a été condamné à deux reprises pour prise illégale d’intérêts, la dernière fois à huit mois de prison avec sursis, 10 000 euros d’amende et un an d’inéligibilité, pour une subvention régionale accordée à une association. Selon Le Monde, cité par L’Express, le tribunal avait jugé cette dernière peine « symbolique », l’ancien président n’exerçant plus aucun mandat.

En décembre 2015, après dix-sept années de présidence, il perd la région au profit de Valérie Pécresse. Il s’éloigne alors de la vie politique active et enseigne les institutions et la gouvernance publique à HEC. Ses choix ultérieurs déroutent une partie de son camp : il soutient Emmanuel Macron en 2017, puis, au second tour des régionales de 2021, appelle à voter pour Valérie Pécresse face à la liste d’union de la gauche — un appel qui, rapporte Sud Radio, avait été très mal reçu au PS et chez La France insoumise.

« Parfois face à face, souvent côte à côte »

C’est peut-être là que se lit le mieux l’homme. Celle qui l’avait battu en 2015 a été parmi les premières à réagir à sa disparition. « Je perds un ancien adversaire politique, devenu mon ami », a écrit Valérie Pécresse, avant d’ajouter que leur histoire régionale s’était écrite « parfois face à face, souvent côte à côte ». Rares sont les vies politiques qui se referment sur un tel hommage de la partie adverse.

Dans son propre camp, les mots disent la même chose, autrement. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, salue un homme « loyal, affable et amical », pour qui la politique « était une mission avant d’être une ambition ». Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, estime que Paris et l’Île-de-France lui « doivent beaucoup ». Ses proches décrivent aussi un bon vivant, amateur de grands vins, passionné de cinéma et de rock’n’roll — l’envers chaleureux d’un énarque que l’on disait d’abord stratège.

Ce qui reste

Jean-Paul Huchon laisse deux fils. L’un d’eux, Thomas, a annoncé sa mort d’un simple message, accompagné d’une photographie en noir et blanc de son père.

Il laisse aussi une région transformée, dont la plupart des habitants ignorent qu’ils vivent, chaque jour, avec une part de son travail. C’est le destin des grands gestionnaires publics : leur œuvre se fond dans le paysage jusqu’à devenir invisible. Un tarif unique, un réseau qui relie les banlieues, des portiques qui s’ouvrent au même prix pour tous : ce sont des choses dont on ne remarque l’existence que le jour où elles manquent.

Pour la génération de Michel Rocard, dont il fut le plus fidèle compagnon de route, la politique devait se juger à ses effets concrets sur la vie des gens. À l’heure de lui dire adieu, c’est peut-être le plus juste des hommages : chaque matin, sans le savoir, des millions de Franciliens continueront de passer par la porte qu’il a ouverte.

Repères

  • Naissance : 1946, à Paris
  • Décès : nuit du 22 au 23 octobre 2026, à 80 ans, des suites d’un cancer
  • Formation : Sciences Po, ENA (promotion sortie en 1971)
  • 1971-1981 : direction du Budget, ministère des Finances
  • 1981-1985 : directeur de cabinet de Michel Rocard (Plan, puis Agriculture)
  • 1985-1986 : directeur général de la Caisse nationale du Crédit agricole
  • 1988-1991 : directeur de cabinet du Premier ministre Michel Rocard
  • 1994-2001 : maire de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), après en avoir été adjoint dès 1977
  • 1998-2015 : président du conseil régional d’Île-de-France
  • Héritage : passe Navigo à tarif unique, décentralisation du STIF, accord sur le Grand Paris Express (2011)

Info aux familles

À l’heure de la publication de cet article, la date et le lieu des obsèques n’ont pas été rendus publics. Nous mettrons cet article à jour dès que la famille ou une source officielle aura communiqué ces informations. Vous pouvez suivre les disparitions récentes sur notre page avis de décès et dans nos actualités funéraires.

Sources : AFP (annonce de la famille), France 3 Paris Île-de-France, ICI Paris Île-de-France, franceinfo, L’Express, Sud Radio, Ville Rail & Transports, déclarations publiques de Valérie Pécresse, Olivier Faure, Emmanuel Grégoire et du Parti socialiste (23 octobre 2026).

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