Hommage à Jean-Paul Dréau, auteur-compositeur du « Coup de soleil », mort le 3 août 2026 à 73 ans

Accueil

Blog

Actualités funéraires

Jean-Paul Dréau, la plume derrière « Le Coup de soleil », s’est éteint à 73 ans

Auteur-compositeur, Jean-Paul Dréau est mort le lundi 3 août 2026 à 73 ans, dans sa maison de Corrèze. Il avait écrit « Le Coup de soleil », que la France chante depuis 1980 sans toujours savoir de qui elle le tient — comme « Tout doucement », comme « J'veux d'la tendresse ».

Il y a des chansons dont on connaît chaque intonation sans avoir jamais lu le nom de leur auteur. On les tient d’un mariage, d’un autoradio, d’un été. On les croit tombées de nulle part, comme si elles appartenaient d’emblée à tout le monde. Jean-Paul Dréau a écrit l’une de celles-là. Il est mort le lundi 3 août 2026, à 73 ans, dans sa maison de Corrèze, emporté par une « embolie pulmonaire foudroyante », ont annoncé ses proches le lendemain. L’AFP a relayé l’information le 4 août.

Une chanson que personne n’attribuait à personne

« Le Coup de soleil » est enregistré par Richard Cocciante en 1979 et devient l’un des grands succès de l’année 1980. Depuis, il a été repris par d’autres interprètes, décennie après décennie. C’est une chanson qu’on n’a pas besoin d’aimer pour la connaître : elle fait partie du fond commun, au même titre qu’un refrain de cour d’école.

Ce que presque personne ne savait, c’est que derrière ce titre il y avait un homme, une signature de contrat, un dépôt à la Sacem. Les paroliers occupent cette place étrange dans la mémoire collective : leurs phrases circulent partout, leur nom nulle part. Ils écrivent des mots que des millions de gens s’approprient au point d’oublier qu’ils ont été écrits.

C’est précisément ce que dit l’hommage de Valéry Zeitoun, ancien patron du label AZ, publié sur Instagram après l’annonce : la chanson est « l’une des chansons les plus populaires de France », de celles qui font d’un auteur-compositeur une figure incontournable. Le compliment dit la carrière entière — et son paradoxe.

D’Oran aux Yvelines, une guitare de collège

Jean-Paul Elie Benchetrit naît à Oran le 12 juin 1953. Il prendra plus tard le nom de scène de Jean-Paul Dréau. Les sources publiques disponibles à ce jour ne disent pas quand ni dans quelles circonstances sa famille a rejoint la métropole : nous ne l’écrirons donc pas.

Ce qu’on sait, selon sa notice biographique — donnée à recouper —, c’est qu’il commence la guitare au collège, à Viroflay, dans les Yvelines. Et qu’une de ses idoles d’adolescent s’appelle Michel Polnareff.

Il faut s’arrêter une seconde sur ce détail, parce qu’il contient toute une vie. Un garçon des années soixante apprend trois accords en écoutant un chanteur qu’il admire. Une quinzaine d’années plus tard, ce même chanteur enregistre ses chansons — « Je t’aime » en 1981, « Tam Tam », « Radio » — et il cosigne les textes de l’album Bulles. Ce genre de boucle est rare. Elle ne dit pas seulement la réussite d’un homme : elle dit une époque où l’on pouvait, depuis une chambre de banlieue ouest, entrer dans la chanson française par la porte de l’écriture.

1979 : quand un titre échappe à son auteur

La grande affaire de sa vie professionnelle tient en quatre minutes. « Le Coup de soleil » installe Cocciante durablement dans le paysage français et devient, pour Dréau, à la fois une rente et une ombre : le titre est si vaste qu’il recouvre tout le reste.

Il y a pourtant un autre épisode qui mérite d’être raconté. En 1980, il signe « J’veux d’la tendresse », créée par Janic Prévost. L’année suivante, Elton John en enregistre une adaptation anglaise, Nobody Wins, sur l’album The Fox. La chanson repartira encore, en 1998, dans la voix de la Québécoise Marie Carmen. Une mélodie écrite en français, reprise par l’un des plus grands vendeurs de disques au monde, puis rapatriée dans la chanson francophone : le parcours est peu banal, et il tient à un homme dont on ne montrait jamais le visage sur les pochettes.

Quarante ans à écrire pour la voix des autres

Sa discographie d’auteur-compositeur couvre quatre décennies et traverse des registres qui n’ont, en apparence, rien à voir entre eux.

  • Richard Cocciante — « Le Coup de soleil » (1979), « Avec simplicité » et « Au clair de tes silences » (1980), « Vieille » (1982), « Pour Elle » (1993).
  • Michel Polnareff — « Je t’aime » (1981) et une participation aux textes de l’album Bulles.
  • Bibie — « Tout doucement » (1985), autre titre entré dans la mémoire commune, puis « Chanteuse de chansons d’amour ».
  • Hervé Vilard — « Viens » (1985).
  • Thierry Le Luron — « La Mélancolie » (1981).
  • Sheila — « Fragile » (1988) ; Fabienne Thibeault, Miguel Bosé, Jean-Luc Lahaye, et jusqu’à la comédienne Denise Grey, qui enregistre « Devenir vieux » en 1988, à 91 ans.
  • Johnny Hallyday et Clémence — « On a tous besoin d’amour » (2001).
  • Chimène Badi — « Je ne sais pas son nom » (2004), « Le mot fin », « Toutes les mêmes », « Un jour de trop qui passe » (2010).

Il écrit aussi « Sentiments Songes », défendu par Fanny au Concours Eurovision de la chanson en 1997, où la France se classe septième sur vingt-cinq pays.

Cette liste ressemble à un annuaire, et c’est justement ce qu’elle dit. Un parolier de métier ne construit pas une œuvre au sens où un chanteur bâtit un répertoire : il fournit. Il s’adapte à un timbre, à une carrière, à une commande. Sa cohérence n’est pas dans le style mais dans la constance — quarante ans à trouver, pour d’autres, les mots qu’ils ne savaient pas dire.

Un dimanche en Corrèze

Il s’était retiré en Corrèze, à Saint-Hilaire-Taurieux. C’est là que son épouse, Anik Dréau-Lemetayer Benchetrit, a pris ce qu’elle a appelé « la dernière photo », le dimanche 2 août. Il est mort le lendemain.

Elle a publié cette image sur Facebook, accompagnée de quelques mots que la presse a repris : « Mon soleil s’est éteint. » Et : « Je viens de perdre la moitié de moi. »

On ne commentera pas davantage. Il faut simplement noter la justesse involontaire de la formule — un soleil pour l’homme du « Coup de soleil » — et le fait qu’une femme, en deuil depuis quelques heures, a trouvé le moyen d’annoncer une mort avec plus de tenue que bien des communiqués.

Ce que laisse un homme qu’on ne voyait pas

La question se pose autrement pour un auteur que pour un interprète. Quand meurt une voix, on sait ce qui disparaît : un timbre, une présence, quelque chose d’irremplaçable et de daté. Quand meurt une plume, rien ne semble s’arrêter. Les chansons continuent de passer, sous d’autres noms, dans d’autres bouches. Le legs est déjà en circulation depuis longtemps.

C’est une forme de survie particulière, et peut-être la plus complète. Jean-Paul Dréau ne laisse pas un catalogue à redécouvrir : il laisse des phrases que des gens qui ne sauront jamais son nom continueront de chanter dans leur voiture. Une part de la mémoire familiale française — les mariages, les enterrements, les autoradios de vacances — repose sur des mots qu’il a alignés seul, un jour, quelque part.

Il y a pire héritage que d’être partout sans être nulle part. C’est sans doute la définition même du métier qu’il a choisi.

Repères

  • le 12 juin 1953 à Oran, sous le nom de Jean-Paul Elie Benchetrit.
  • Mort le lundi 3 août 2026, à 73 ans, à Saint-Hilaire-Taurieux (Corrèze), d’une embolie pulmonaire, selon l’annonce de ses proches relayée le 4 août.
  • Métier : auteur, compositeur, producteur ; quelques titres également comme interprète.
  • Titre le plus connu : « Le Coup de soleil », interprété par Richard Cocciante (1979), grand succès de 1980.
  • Autres succès : « Tout doucement » (Bibie, 1985), « J’veux d’la tendresse » (Janic Prévost, 1980 ; adaptée par Elton John sous le titre Nobody Wins, 1981), « Viens » (Hervé Vilard, 1985), « Je t’aime » (Michel Polnareff, 1981).
  • Eurovision : « Sentiments Songes », interprété par Fanny pour la France en 1997 (7e sur 25).

Info aux familles

À la date de publication de cet article, aucune information sur les obsèques n’a été rendue publique par la famille. Nous n’annoncerons ni date ni lieu tant qu’une source officielle ne les aura pas communiqués. Les messages de condoléances adressés publiquement le sont, pour l’heure, sur les réseaux sociaux de ses proches et de ses collaborateurs.

Pour ceux qui souhaitent rassembler la mémoire d’un proche disparu, notre espace mémorial en ligne et notre service de biographie numérique permettent de réunir textes, photos et souvenirs en un même lieu.

À lire également

Sources : franceinfo Culture avec AFP (4 août 2026) ; CNews (4 août 2026) ; notice biographique et discographie Wikipédia, à recouper pour les éléments antérieurs à 1979.

— Personnalisez votre plaque

Créez la plaque de votre proche

Configurateur en ligne, BAT offert sous 24h, livraison gratuite dès 69 €.

Voir les modèles →

Publications similaires

Laisser un commentaire