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Marc Bloch

Page mémorielle — En souvenir de

Marc Bloch

Il a aimé la République au point d'en mourir pour elle, quand elle ne le reconnaissait plus comme français.

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6 juillet 1886 par s-Trouvé

Lyon, dans la République en construction

Marc Léopold Benjamin Bloch naît **dans une France qui a quinze ans de République depuis la chute de Napoléon III**, encore fragile, encore menacée par les royalistes et les boulangistes. Sa famille est juive alsacienne — **réfugiée à Lyon après l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne en 1871**, suite à la défaite de Sedan. Son père Gustave est professeur d'histoire ancienne à la Sorbonne. **C'est une famille qui croit corps et âme à la France républicaine, à l'école laïque, à l'intégration par le mérite.** Marc grandit dans cette religion-là.
1 janvier 1898 par s-Trouvé

1906 — L'affaire Dreyfus : leçon inaugurale

Marc a 12 ans quand l'affaire Dreyfus éclate. **Comme tous les juifs républicains français, sa famille vit ces huit années comme une déchirure : l'Armée et l'Église contre Dreyfus, contre la République, contre les juifs.** Zola, Jaurès, Clemenceau de l'autre côté. **C'est dans ce feu que Marc forge sa conviction : la France, c'est la République ; la République, c'est la lutte contre les forces de haine.** Cette conviction le mènera jusqu'à la mort.
1 janvier 1904 par s-Trouvé

1908 — École Normale Supérieure, rue d'Ulm

Reçu à 18 ans. Camarades de promotion : **Charles Péguy** (qui mourra à la Marne en 1914), Jules Bloch (linguiste, son cousin). Il choisit l'histoire. Bourse à Berlin et Leipzig. **Il aime l'Allemagne savante, celle de Humboldt et de Ranke. Cette Allemagne-là, qu'il admire, est en train de basculer sans qu'il le voie vers une autre Allemagne, qui le tuera 36 ans plus tard.**
1 janvier 1914 par s-Trouvé

1918 — Quatre ans dans les tranchées

Mobilisé sergent à 28 ans. **Quatre ans au front. Verdun. La Somme. La Marne.** Quatre fois blessé, Croix de Guerre, Légion d'honneur. **De cette guerre il sortira marqué à vie — non par les balles, mais par la révélation que la modernité industrielle peut transformer les hommes en bétail.** Il écrira en 1921 *L'Étrange Défaite* (inédit jusqu'en 1946) où il analyse ce qu'est la guerre moderne : *« Une suite de désœuvrements ponctués de terreurs. »*
1 janvier 1929 par s-Trouvé

Naissance des *Annales*, révolution intellectuelle française

**Avec Lucien Febvre, à Strasbourg redevenue française, il fonde la revue *Annales d'histoire économique et sociale*.** Ils inventent une nouvelle histoire : longue durée, structures, mentalités, économie. **C'est la révolution historiographique du XXᵉ siècle, née dans l'Alsace tout juste reconquise, dans une France qui croit qu'elle a gagné la "der des der".**
1 janvier 1936 par s-Trouvé

1939 — Front populaire & rumeurs de catastrophe

**Léon Blum, premier juif chef du gouvernement français : Bloch s'en réjouit, mais aussi tremble.** L'antisémitisme français — qu'il croyait éteint depuis Dreyfus — ressort avec violence dans la presse de droite. *« Mort aux juifs ! »* hurle Maurras. **Bloch publie *La Société féodale* (1939-1940), son chef-d'œuvre — il y montre que les grandes constructions politiques se bâtissent dans la longue durée, par la confiance entre les hommes.** Le livre paraît au moment où la France perd toute confiance en elle-même.
1 janvier 1940 par s-Trouvé

La défaite et le statut des Juifs

Mobilisé à 53 ans malgré sa famille (femme et 6 enfants), capitaine d'état-major. **Vit la débâcle de l'intérieur. La fuite des civils sur les routes. L'effondrement.** Démobilisé en juillet. En octobre, **Vichy promulgue le premier statut des Juifs : Bloch est exclu de l'enseignement public, lui qui est français depuis trois générations, lui qui a versé son sang pour la France pendant quatre ans, lui qui est officier de la Légion d'honneur.** Il écrit en quelques mois *L'Étrange Défaite* — analyse implacable, lumineuse, des causes de l'effondrement français. *« Nous venons de vivre l'effondrement le plus prodigieux qu'ait jamais subi notre histoire. »*
1 janvier 1941 par s-Trouvé

1943 — Le choix de la Résistance

La France de Vichy expulse les Juifs. La France libre l'accueille. **Il choisit la France libre.** Il enseigne à Clermont-Ferrand, puis Montpellier, sous des autorisations dérogatoires. **Il aurait pu fuir aux États-Unis — beaucoup de ses collègues le firent.** Il refuse. *« Je suis Français. Je reste. »* Il rejoint le mouvement *Franc-Tireur* sous le pseudonyme **Narbonne**. Devient l'un des chefs de la Résistance lyonnaise. **À 56 ans, professeur d'histoire mondialement reconnu, il prend le maquis.**
8 mars 1944 par s-Trouvé

Arrêté à Lyon par Klaus Barbie

**Trahison ou imprudence ? On ne sait pas.** Capturé par la Gestapo, dirigée à Lyon par Klaus Barbie. **Torturé pendant des semaines à l'École de santé militaire, place Bellecour — ce lieu sinistre où passèrent Jean Moulin, Lise Lesèvre et tant d'autres.** Il ne parle pas. **Sa torture est attestée par les survivants : on lui plonge la tête dans une baignoire glacée jusqu'à la noyade, on l'électrocute, on le frappe.** Il garde le silence. À 58 ans, le grand historien tient bon là où des hommes plus jeunes ont craqué.
16 juin 1944 par s-Trouvé

Saint-Didier-de-Formans

**Dix jours après le débarquement de Normandie — les Alliés sont à 800 km mais les Allemands savent qu'ils ont perdu.** Bloch est emmené avec 28 autres résistants dans un champ près de Trévoux. Fusillé. *« Vive la France ! »* sont ses derniers mots, criés à un jeune voisin de mitraillage de 16 ans qui pleurait. **Cinq mois plus tard, la France est libre. Marc Bloch ne le verra pas. Mais la République qu'il avait aimée jusqu'à mourir pour elle, et qui l'avait reniée, lui rendra hommage à la Libération : son corps sera transféré au Panthéon en projet en 2025, deux siècles après sa naissance.**
10 juin 2026 par s-Trouvé

mortem — *Apologie pour l'histoire*

Son dernier livre, inachevé, paru en 1949. **Il y défend l'histoire comme une science noble, exigeante, libératrice.** Lucien Febvre l'éditera. Le manuscrit avait été caché par sa femme Simone, qui mourra peu après lui de chagrin. **L'École des Annales, fondée par lui, deviendra l'école française dominante de l'histoire mondiale au XXᵉ siècle. Sa pensée vit toujours. C'est sa victoire posthume contre Barbie.**

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