28 octobre 1944
par s-Trouvé
Paris, XIVe arrondissement
La capitale sort à peine de quatre années d'Occupation. Les murs portent encore les traces des balles de la Libération d'août. C'est dans ce Paris meurtri, où l'on fait la queue pour 200 grammes de pain noir, que naît Michel Gérard Joseph Colucci. Son père Honorio, peintre en bâtiment italien arrivé enfant, mourra trois ans plus tard d'une polio fulgurante — la même qui frappa Roosevelt et qui terrifiait les mères. Sa mère Simone, fleuriste rue de Tolbiac, élève seule deux gamins dans une France où l'on rationne encore. *« On était pauvres, mais on rigolait. »* Cette phrase, banale en apparence, dit tout d'une époque. **Ce Paris-là, c'est celui de Gabin dans *Quai des brumes*, du noir et blanc qui sent le tabac gris, des bistrots à zinc où l'on règle ses dettes en deux verres.** Coluche en sortira sans renier rien.
1 janvier 1958
par s-Trouvé
1964 — Une France qui change de République, de monnaie, de souffle
Coluche a 14 ans quand de Gaulle revient au pouvoir. 17 ans quand la guerre d'Algérie s'achève dans l'humiliation. 19 ans quand le nouveau franc se généralise. Renvoyé du collège en 4ᵉ, il enchaîne les boulots : livreur de fleurs, garçon de café, photographe de mariages. Cette France des Trente Glorieuses qui s'enrichit, lui la regarde par le trou de la serrure. **Il n'oubliera jamais que la prospérité française a aussi sa face d'ombre — ceux qu'elle laisse au bord du chemin.** C'est de là que sortira tout son humour.
1 janvier 1969
par s-Trouvé
Le Café de la Gare, lieu-mythe d'une génération
Mai 68 vient de finir. Quelque chose s'est ouvert. Une France des marges, des étudiants, des comédiens sans le sou veut un théâtre à elle. Au 41 rue du Temple, dans un ancien dépôt de cycles, une bande monte le **Café de la Gare** — collectif, sans hiérarchie, sans subvention. Romain Bouteille fonde. Coluche rejoint. Patrick Dewaere, Miou-Miou, Gérard Depardieu, Henri Guybet, Sotha, Renaud, Higelin... C'est là, dans ce baroque d'après-68, que se forge le théâtre populaire moderne en France. Coluche y rencontre Véronique Kantor. Ils se marieront en 1975. Trois enfants.
1 janvier 1974
par s-Trouvé
*Le Schmilblick* et l'irruption du peuple à la radio
Pompidou meurt en avril, Giscard est élu en mai. La France entre dans la première crise pétrolière et découvre qu'elle n'est pas immortelle. Sur Europe 1, **un sketch dynamite la radio** : *« C'est l'histoire d'un mec... »*. Plus de 20 millions d'auditeurs. Pour la première fois depuis Pierre Dac, la voix du « mec d'en bas » entre dans les foyers à l'heure du dîner. Coluche n'est pas seulement drôle — il est nécessaire à un pays qui doute. Il incarne la France qui parle « cru » sans demander la permission, à un moment où la France polie commence à fatiguer.
30 octobre 1980
par s-Trouvé
Le candidat clown dans une France qui doute
Crise économique, chômage de masse, immigration en débat, Mitterrand qui campe à 25%, Giscard usé. Coluche annonce sa candidature à la présidentielle. Pure provocation ? Pas tant : il atteint **16% d'intentions de vote**. La gauche s'affole, la droite aussi. Charlie Hebdo le soutient. Bourdieu, Sartre, Deleuze le signent — l'intelligentsia se réveille. Sous la pression, sous les menaces de mort — son régisseur René Gorlin sera assassiné dans des circonstances jamais élucidées — il retire sa candidature le 7 avril 1981. **Quelque chose s'est cassé en lui ce printemps-là.** Quelque chose s'est cassé aussi dans la France politique.
1 janvier 1983
par s-Trouvé
*Tchao Pantin*, l'œil de Berri sur la France des pompistes
Mitterrand est président depuis deux ans. Les illusions de Mai sont déjà loin. Claude Berri filme cette France périphérique des pompistes de nuit, des junkies oubliés, des bars sans nom. Coluche y joue Lambert, un alcoolique brisé qui croise un dealer perdu. César du meilleur acteur en 1984. **Pour la France, c'est un coup de poing : leur clown s'avère un tragédien.** Il dira de ce film : *« Pour la première fois, j'ai eu peur que ce soit moi. »*
26 septembre 1985
par s-Trouvé
Les Restos du Cœur, une France qui re-découvre la faim
Le chômage dépasse 10%. Les SDF se multiplient. La France redécouvre, vingt ans après la fin des Trente Glorieuses, ce qu'elle avait oublié : qu'on peut avoir faim dans le pays le plus riche. Antenne d'Europe 1, dans son émission *Y'en aura pour tout le monde*. Une phrase, comme ça, sans préparation : *« J'ai une petite idée comme ça... »*. Le lendemain, Carrefour, Fiat, Marie, Vergnaud appellent. 8,5 millions de repas distribués le premier hiver. **C'est l'invention française d'un cœur partagé, à l'opposé du Reagan-Thatcherisme qui célèbre alors le "chacun pour soi".**
12 mai 1986
par s-Trouvé
Le dernier concert
À Bercy, soirée des Enfoirés. Mitterrand vient de subir l'humiliation de la première cohabitation. La France découvre que ses dirigeants peuvent perdre. Coluche présente, fait rire, embrasse Véronique avec une tendresse inhabituelle. Quelques amis notent qu'il a, ce soir-là, *« le regard ailleurs »*.
19 juin 1986
par s-Trouvé
Opio, route en virages
Il roule en moto sur les hauteurs de Cannes avec un ami. Un camion brusque, un virage mal anticipé. Il a 41 ans. **La France apprend la nouvelle à 13h sur les ondes, en plein bulletin Europe 1.** Beaucoup de Français ont pleuré pour la première fois de leur vie pour quelqu'un qu'ils n'avaient jamais rencontré. C'est la fin d'une époque française. Celle où l'on pouvait rire collectivement de tout, parce qu'on était encore certain qu'on pouvait tout réparer.
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