Mort de Bernadette Chirac : une Première dame très corrézienne
Mort de Bernadette Chirac : une Première dame très corrézienne
Bernadette Chirac, ancienne Première dame de France indissociable de la Corrèze et de l'opération Pièces jaunes, est morte le 5 juin 2026 à 93 ans. Retour sur une trajectoire singulière, de Sarran à l'Élysée.
Bernadette Chirac s’est éteinte le 5 juin 2026, à l’âge de 93 ans. Ancienne Première dame de France, épouse de Jacques Chirac pendant plus de soixante ans, elle laisse l’image d’une femme à la fois discrète et tenace, indissociable de sa Corrèze d’adoption et de l’opération Pièces jaunes. Ses obsèques doivent être célébrées le vendredi 12 juin en la basilique Sainte-Clotilde, à Paris — l’église même où elle avait épousé Jacques Chirac le 16 mars 1956 —, avant un hommage populaire ouvert à tous, le dimanche, en Corrèze.
Au-delà des dates, c’est une certaine idée de la France du XXᵉ siècle qui s’efface : provinciale, catholique, attachée au devoir et au terroir, et qui aura vu l’une des siennes accompagner un homme jusqu’au sommet de l’État sans jamais cesser d’être elle-même.
Une héritière de la grande bourgeoisie qui épouse un ambitieux
Née le 18 mai 1933, Bernadette Chodron de Courcel grandit dans une famille de la grande bourgeoisie, marquée par une éducation stricte et par la guerre — son père est déporté. C’est sur les bancs de Sciences Po qu’elle rencontre, en 1951, un jeune homme pressé nommé Jacques Chirac. Le mariage, célébré en 1956, se fait malgré les réticences de ses parents, qui regardaient d’un œil prudent ce prétendant à l’ambition dévorante. Elle choisit pourtant cet homme-là — un choix qui dessine déjà le caractère.
La Corrézienne : une Peugeot 205 et des salons de fermes
On a longtemps réduit Bernadette Chirac au rôle d’épouse. C’est oublier qu’elle fut une élue à part entière, et durablement. Conseillère municipale de Sarran dès 1971, elle est élue conseillère générale de la Corrèze de 1979 à 2015 — trente-six années sans interruption — et première femme à siéger à ce conseil. Là où son mari conquérait Paris, elle bâtissait, elle, son propre ancrage.
Les Corréziens en gardent une image tenace : celle d’une femme sillonnant les routes du département au volant de sa Peugeot 205 rouge, s’invitant dans les salons et les cuisines pour répondre, en face, aux récriminations des habitants. Subventions, routes, équipements : elle défendait les intérêts de « son » canton avec une opiniâtreté que ses adversaires eux-mêmes reconnaissaient. Cette politique de proximité, faite de poignées de main et de fidélités, dit une époque où le mandat local se gagnait porte à porte, loin des plateaux de télévision.
Pièces jaunes : la cause d’une vie
À partir de 1994, à la tête de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, elle transforme une idée simple — collecter les petites pièces au fond des tiroirs — en véritable rituel national. Les tirelires en carton, le train des Pièces jaunes, les services de pédiatrie rénovés : l’opération devient, chaque hiver, un rendez-vous familier des Français, et donne à la fonction de Première dame un contenu concret, presque artisanal. Elle en restera la cheville ouvrière jusqu’en 2019, avant d’en devenir présidente d’honneur et d’en confier les rênes à Brigitte Macron.
La femme de l’ombre qui prit la parole
En 2001, son livre d’entretiens avec Patrick de Carolis, Conversation, connaît un immense succès de librairie. Elle y évoque, avec une franchise rare dans son milieu, son enfance, la guerre, sa rencontre avec Jacques Chirac et la solitude de l’épouse d’un homme politique. Celle que l’on croyait effacée s’y révèle lucide, parfois mordante — et infiniment plus libre qu’on ne l’imaginait.
La vie ne lui aura pourtant pas épargné le deuil. Elle perd en 2016 sa fille aînée, Laurence, après de longues années de maladie — une douleur intime qu’elle portera toujours avec une grande pudeur. En septembre 2019, la mort de Jacques Chirac la laisse veuve d’un demi-siècle de vie commune ; affaiblie, elle se retire alors presque entièrement de la vie publique.
Une figure qui dépassait les clivages
À l’annonce de sa disparition, les hommages ont traversé l’échiquier politique et les frontières : communiqué de l’Élysée, mots de Brigitte Macron, de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, de François Hollande, mais aussi d’amis fidèles comme Line Renaud ou, depuis les États-Unis, Hillary Clinton. Cette unanimité dit l’essentiel : plus qu’une Première dame, Bernadette Chirac fut une institution à elle seule — élue de terrain, bâtisseuse d’une grande cause de santé publique, et témoin d’une France qui change.
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